Interview de Julie Aubert et Aurélia Del Sol, fondatrices de Chez Simone

Crédit photo : Edouard Nguyen

Julie Aubert et Aurélia Del Sol sont les fondatrices de Chez Simone, un appartement qui a ouvert au mois de septembre dernier où l’on peut « bien manger, bien bouger, bien vivre ».

Chacune avait son blog et sa communauté et leur rencontre a été un déclic pour ouvrir un lieu où réunir leurs passions communes et s’épanouir personnellement et collectivement.

Julie et Aurélia incarnent l’ancrage de la mouvance du bien-être dans nos habitudes et inspirent par leur motivation à faire de cette tendance une réalité durable.

Bonne lecture ! 🙂

Bonjour Julie et Aurélia ! Pouvez-vous me raconter votre parcours ?

Aurélia : Je m’appelle Aurélia Del Sol, j’ai 30 ans. J’ai fait mes études à l’étranger et c’est pour moi c’est point très important car je suis fille d’expat, et mon éducation est beaucoup passée par les voyages, par la découverte de nouvelles façons de vivre, de nouvelles cultures, de nouvelles langues. Ainsi, il était indispensable pour moi d’avoir un métier qui reprennent un peu ces valeurs-là. J’ai un double master en communication et marketing que j’ai fait en Chine, à New York et à Paris. Je voulais absolument rester à l’étranger mais finalement je suis rentrée après un séjour en Australie. Tous ces voyages m’ont en tout cas permis de rester bien ouverte sur le monde et d’être hyper curieuse. Quand je suis rentrée à Paris, j’ai bossé en tant que chef de projet digital chez Orange puis chez Mazarine, et puis à un moment je me suis dit « je n’ai pas fait tout ça pour ça », donc je me suis cherchée. J’ai ouvert un blog qui s’appelait « jesuisbonne.com » dans lequel je distillais un peu des conseils ; je n’avais pas d’expertise dans les domaines mais je parlais avec mon bon sens, et l’idée était plus d’accompagner les nanas dans une démarche de prendre soin de soi, être bonne pour soi, se faire du bien et arrêter de suivre des tendances à droite à gauche, essayer de revenir à leur bien-être, au bien-être de chacun, qui est bien différent.

C’est quelque chose que tu faisais en parallèle de ton job ?

Oui, j’ai quitté mon job en juillet 2015 pour me consacrer complètement à jesuisbonne. Je n’avais pas encore vraiment de business model et en septembre j’ai commencé à faire des brunches et des cours de yoga dans mon appartement. C’était un peu en mode clandestin, mais le concept a super bien pris – le concept comme à la maison – les gens venaient tous les week-ends et il y avait 4-5 cours de yoga par semaine programmés, avec des profs diplômés. En février dernier, grâce à ça et grâce aussi à un ami en commun, j’ai rencontré Julie et je pense qu’on était à des périodes de nos vies professionnelles un peu similaires où on avait plus ou moins bien ancré nos business respectifs et on voulait un peu évoluer. On avait envie de grandir dans nos businesses et la rencontre a été un déclic pour se dire qu’à deux c’était tellement mieux. J’avais déjà cette envie de m’associer mais je ne trouvais pas, je cherchais sans chercher, mais je n’arrivais pas à trouver un binôme qui me correspondait.

Quand tu es rentrée d’Australie, qu’est-ce qui t’as poussée à aller vers une voie plus classique pour démarrer ?  

Je terminais mes études donc je cherchais un job, mon père étant ingénieur pétrolier, j’étais dans un environnement très cartésien. C’était évident qu’il fallait chercher un job après mes études, et c’était normal de chercher un CDI ou un CDD. Je me cherchais pas mal, mais je voulais bosser. Mon premier job c’était chef de projet chez Orange et je m’occupais du Festival de Cannes, et comme une de mes passions c’est le théâtre et le cinéma, je me suis dit super, en plus je vais bouger, je vais aller à droite à gauche, j’étais en relation avec plein d’interlocuteurs et en fait je passais mes journées assise derrière un ordi et je me suis dit que ce n’était pas pour moi.

Qu’est-ce qui t’a vraiment fait te dire que ce n’était pas pour toi ?

Le fait d’être statique. J’avais fait des études de marketing et communication donc il fallait que je fasse du marketing et de la com, mais moi j’avais envie de faire aussi un peu de pratique, un peu de sport, un peu de finance ; il fallait que je rentre dans une case et je sais que ça m’a toujours éteinte, m’a toujours enfermée… Je sais que ça rassure beaucoup de gens de dire « toi tu fais ça, toi tu fais ça » parce qu’à chaque fois qu’on rencontre des gens, on nous dit « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? ». Et donc à chaque fois, au bout de 6 mois ou un an, je me disais « ça ne me convient pas ».  A un moment, aussi car j’ai la chance de partager ma vie avec un entrepreneur, ce qui a sans doute aidé, j’ai pu me dire « je peux peut-être créer mon propre métier ».

Tu t’es dit qu’il y avait un potentiel de créer quelque chose de plus concret derrière jesuisbonne quand tu l’as créé ?

 Je savais que le projet était viable. Au début, je n’avais pas de business model, mais je savais que les valeurs que je voulais transmettre avaient un intérêt à vivre et à être partagées.

Après avec le recul, je me dis que rien n’a été finalement fait au hasard, même si moi je l’ai fait avec mon intuition. On ne nous a pas dit ce qu’il fallait faire avec Julie pour en arriver jusque-là, on a fait ce qui nous a semblé juste, et on l’a fait avec toute notre envie et notre détermination.

Quand tu regardes en arrière, ça a du sens ?

Je me dis que tous ces moments où j’étais un peu en mode « je sais pas trop ce que je fais », ces moments de latence ou de doute dans lesquels je me suis parfois vraiment sentie seule, avaient un sens. Celui de se retrouver face à soi-même et de se dire « pourquoi tu fais ça ? qu’est-ce que tu veux vraiment ? ».

Comment tu as géré ces périodes de doute, de « seule au monde » ?

J’ai été patiente.

Qu’est-ce qui a fait que tu ne t’es pas démotivée ?

 Si, je me suis laissée démotiver, j’ai recherché un job, enfin ce n’est pas démotiver, mais il y avait une sorte de pression parentale qui disait « t’as tout pour trouver un job, pourquoi ça ne va pas au bout de 6 mois ou 1 an ? ». Mais je me disais que je n’avais pas fait 6 ans d’études pour me retrouver à faire ça, pour moi ça n’avait pas de sens. Je regardais les gens en me disant en fait ils sont contents de faire ce qu’ils font, et s’ils sont contents, moi aussi je peux m’épanouir, mais je n’arrivais pas à m’épanouir dans ce que je faisais. Et à un moment, quand j’ai vu que jesuisbonne commençait à prendre un peu d’ampleur, je me suis dit que c’est le moment : soit je gardais jesuisbonne en mode c’est mon projet à côté et même s’il ne marche pas, c’est pas grave, et j’aurai la bonne excuse de me dire que c’est parce que je ne me serai pas donnée à 100%, soit je lâchais mon job, pour le faire à fond. C’est ce que j’ai fait et ça m’a permis de me dire « tu n’as pas de back up ».

Ce sont tes valeurs qui t’ont portée ?

Oui, c’est ce projet. Tous les matins, je me levais en me disant que j’avais un fil conducteur, je me disais qu’il y avait un truc à faire là-dedans, que c’était en train d’exploser et que j’avais ma place à jouer. Mais je n’avais pas envie de le faire toute seule. Ça a été hyper compliqué pour moi d’être seule au début et à partir du moment où j’ai rencontré Julie, ça a été comme une évidence. Tout à coup, ça a été comme un catalyseur, toutes les idées se sont un peu imbriquées et je me suis dit « ah je ne suis pas folle, je ne suis pas la seule à avoir envie de faire ça ! »

Et toi Julie, quel a été le chemin jusqu’à la rencontre avec Aurélia ?

Julie : J’ai un master en relations internationales et diplomatie, j’ai fait Sciences Po Toulouse et mon année de césure aux Etats-Unis aux Nations Unies. Je voulais, après la fin de mes études, repartir là-bas et bosser dans les relations internationales. Une fois que j’ai terminé Sciences Po, mon copain ne voulait pas vraiment partir à l’étranger donc j’ai postulé en France et j’ai travaillé pendant quatre ans et demi au service relations presse et communication d’une organisation internationale qui était dédiée aux maladies animales transmissibles à l’homme. Et puis au bout de 4 ans et demi, j’ai compris que je ne pourrais certainement pas faire tout ce que je voulais dans ce milieu-là. J’avais aussi été un peu désabusée de ce que j’avais pu voir pendant mes stages et de l’impact réel que je pouvais avoir ou ne pas avoir sur mon métier. Donc j’ai décidé de démissionner et je suis partie pendant huit mois faire le tour de l’Amérique du Sud. Quand je suis rentrée, comme à peu près tous les gens qui font ça, je n’ai pas pu reprendre ma vie d’avant.

Tu étais partie toute seule ?

Je suis partie avec mon copain, dans des conditions dans lesquelles je n’avais pas l’habitude de voyager ; on avait par exemple acheté une voiture qu’on avait réaménagée pour être notre maison pendant huit mois, avec un lit, etc. Et en fait c’est dans le dernier pays dans lequel on a été, le Brésil, que j’ai décidé de lancer Mademoiselle Run. On a passé un mois à Rio et c’est la partie du voyage où on a recommencé à avoir une vie à peu près normale avec un appart, et on s’était inscrits dans une salle de sport ; je pouvais courir tranquillement.

Tu avais toujours été passionnée de running ?

 Ça faisait sept ans que je faisais du running. Je n’ai pas toujours été passionnée, j’ai fait quinze ans de danse et je me faisais dispenser des cours d’endurance au collège ! Donc je n’aimais pas courir avant mais à Paris ça a été la solution facile quand je suis arrivée après mes études pour ne pas forcément payer une salle de sport immédiatement parce que je n’avais pas les moyens et que je voulais faire un truc qui me permettait de me dégager l’esprit. Donc quand je suis rentrée, je préparais le semi-marathon de Paris et le projet Mademoiselle Run est arrivé assez naturellement. Au début, je voulais en faire un média donc un magazine internet d’un nouveau style qui ne soit pas un « Running pour Elle » et un « Jogger International » qui ne parle pas réellement aux femmes et qui ne soit pas non plus un « Vital » ou un « Tonique » un peu trop cliché. Le pari a donc été de créer du contenu, et pour créer ce contenu, il fallait que je rencontre des femmes. C’est ainsi que les entraînements Mademoiselle Run ont commencé, pour me permettre de tester un peu le contenu que je voulais faire.

Et là tu étais 100% là-dessus ?

Oui. Donc quand, au bout de deux mois, de 2-3 personnes on était déjà 30 et puis que au bout de 6 mois on était 100, je me suis dit que, clairement, le projet avait pris un nouveau tournant. Je me suis dit que ce ne serait pas du tout un magazine, un webzine, ce serait juste un site pour avoir une petite vitrine, qui est sympa où je ferais du contenu mais pas trop parce que ça me prenait du temps quand même et qu’en fait, j’allais développer les rendez-vous. C’est là que s’est posé le business model de Mademoiselle Run, qui était globalement de proposer des entraînements gratuits mais de faire payer les marques pour me rémunérer. J’avais commencé en février 2015, et c’est pour les 1 an de ce collectif de femmes que j’ai rencontré Aurélia. Je travaillais avec une stagiaire, chez moi, et je voulais prendre des bureaux, un peu style loft, pour me permettre de prendre les départs de run de ce lieu, parce qu’on était toujours un peu dispatchées dans Paris, au bon vouloir des bars qui nous accueillaient, des restaurants, des boutiques de sport, et c’était toujours un peu à l’arrache. Donc je voulais proposer une expérience un peu plus 360 avec la possibilité de faire des ateliers bien-être, des automassages, d’informer un peu plus les femmes. Pour faire cela, je cherchais un lieu et voilà, la rencontre s’est faite.

Et que s’est-il passé quand vous vous êtes rencontrées ?

J’ai contacté Aurélia pour qu’elle participe à des vidéos que je tournais pour les 1 an de Mademoiselle Run, qui étaient des vidéos qu’on tournait dans des salles de sport ou à l’extérieur avec des coaches. Quand elle est arrivée, on s’est parlé de nos projets respectifs, elle m’a invitée à déjeuner chez elle, parce qu’elle testait la carte de ses brunches, donc je n’ai pas dit non pour les tester ! Et puis voilà, ça c’était en février 2016 et en mai, on s’associait.

Aurélia : On s’est rencontrées, on s’est un peu observées, on a discuté, on a parlé et petit à petit, de une fois par semaine, on s’est vues deux fois, puis trois fois, puis tous les jours. On avait tout de suite parlé du lieu, ça a été clair, après on s’est demandé comment faire. On avait des business models qui ne reposaient pas du tout sur les mêmes choses. Moi c’était du BtoC et Julie c’était du BtoB donc du coup on s’est dit super, comme ça c’est complémentaire.

Et comment l’idée a grandi après pour arriver à Chez Simone ?

Aurélia : Ça a été beaucoup de brainstorming, on a regardé beaucoup ce qui se faisait et surtout on s’est demandé « qu’est-ce qu’on veut ? » et c’est parti d’un constat personnel, on s’est dit on n’a pas ça, on n’a pas de lieu dans lequel on se sente comme chez soi, dans lequel on ne soit pas juste un pion. Un endroit où l’on rend le « prendre soin de soi » décomplexant, dans lequel on se sente bien, bienveillant, où tout est fait pour se détendre et se faire du bien, sans efforts.

Pour vous c’est quoi les branches de se faire du bien ?

Aurélia : Ça repose sur les trois piliers qui sont bien bouger, bien manger, bien vivre, qui sont indissociables. Ce sont des valeurs qu’on avait en commun avec Julie, c’est bien de courir ou de faire du yoga, mais si à côté on mange n’importe quoi et qu’on est dans un environnement pas très positif, genre notre job ne nous plaît pas, ou on mange des McDo et on fait du yoga, ça ne sert pas à grand-chose.

Julie : Surtout que tout ça soit relié à une notion de plaisir et qu’on a tendance à perdre quand on se lance dans l’un plus que dans l’autre. J’avais déjà remarqué que ça commençait à se perdre dans le running, le côté « perf ». De s’éloigner de tout ce qui est trop contraignant parce qu’on a déjà beaucoup de contraintes dans nos vies quotidiennes et donc un lieu comme un appartement, ça permettait de conserver cette notion et surtout d’aller plus loin, d’avoir aussi un peu plus de lien social, ce que j’avais identifié aussi sur les runs comme étant ultra important. C’est pour ça que les filles revenaient et chez Aurélia pour ses brunches.

Aurélia : Comme les gens étaient sur les mêmes tables, il y avait une vraie bonne ambiance, c’est un truc qu’on ne retrouve pas au resto. Une des premières fois où on a discuté du projet, on s’est dit qu’on voulait un appartement où on pouvait leur dire « venez, on prend soin de vous ».

Donc ça, c’est ce que vous proposez aujourd’hui, et vous, est-ce que vous arrivez à prendre soin de vous ?

Julie : Pas autant qu’on le devrait.

Aurélia : Un projet comme ça, on ne se rend pas compte, c’est un bouleversement de vie. Il n’y a plus de barrière entre vie perso et vie pro et pour nous, en même temps c’est hyper agréable et motivant et en même temps c’est dur. On n’a pas de limite, on pourrait bosser H24, tous les jours, mais à un moment, il faut aussi se dire que c’est notre boulot, même si c’est aussi notre passion. C’est tout le temps puisqu’on y pense tout le temps, mais c’est vrai que par moment, on se dit que là on a besoin d’une heure. Et on a du mal à se l’accorder, mais c’est important.

Julie : On se prend une heure par semaine. Je le fais en ce moment, parce que je me suis blessée au genou pendant la période des travaux. J’ai donc arrêté de courir depuis août dernier, je ne me suis pas soignée, donc depuis un mois et demi, je m’accorde une heure et demi tous les vendredis soirs pour voir un kiné.

Donc entre le lundi et le dimanche, tu prends une heure et demi pour toi dans la semaine ?

Julie : Oui…

Aurélia : Là, le vendredi matin on a mis en place une sorte de team building où on fait une heure de sport. On a commencé il y a 3 semaines, on ne l’a fait qu’une fois ! On nous avait dit de garder des moments même toutes les deux, pour couper. Pendant les travaux, on a essayé, on allait se faire une manucure ! Ce n’était pas la coquetterie, c’était une pause – pour sauver nos doigts du plâtre et du carrelage – c’était pour couper, mais même à la fin, on ne le faisait plus parce qu’on n’avait plus le temps. Après, c’est vrai que je pense qu’on a toujours le temps, c’est juste une question de priorités et notre priorité c’était ici.

Vous pensez que c’est parce que c’est encore le début et que ça va évoluer ?

Aurélia : Oui, ça va changer, on va s’organiser.

Julie : Et puis on a recruté aujourd’hui. C’était un nouveau métier, on ne savait pas s’organiser comme il le fallait. Aujourd’hui, on s’est entourées. Il y a aussi plein de personnes qui nous aident, sans forcément être présentes dans le lieu, mais qui soulagent beaucoup. On a un homme de ménage qui vient trois fois par jour qui est une révolution pour nous.

Parce que vous avez tout fait toutes seules au début.

Aurélia : On a fait tous les postes ! Donc quand on recrute, on sait ce qu’on demande, et on connaît ! C’est important. On a donné de notre personne.

Julie : Ça nous paraissait logique.

Aurélia : Ça nous paraissait inenvisageable de faire autrement, même les travaux. C’était notre appart, comme à la maison ! Et je pense que c’est ce qui a généré pas mal d’empathie pour ce concept, les gens nous ont vues, on postait des choses, on a vraiment essayé de créer une relation sympa avec notre audience et ça a bien plu donc je pense que ça a participé au succès des débuts.

Pour vous c’est un objectif de continuer à mettre les briques.

 Aurélia : Pour mettre en place les process, pour que le modèle soit carré.

Julie : Pour essayer aussi de lever le pied, parce qu’on ne vend pas qu’un concept, on en est persuadées. Ça a été une parenthèse dans nos vies en ce moment parce que ce n’est juste pas possible de faire autrement. Ce n’est pas de la mauvaise volonté de se dire on n’a pas le temps, oui on a toujours du temps, mais comme Aurélia le disait, aujourd’hui les priorités sont différentes. Et on a deux personnes qui travaillent avec nous donc on ne pense plus non plus qu’à nous. Quand on ferme le lundi pour avoir une journée off, c’est une journée off de la clientèle, mais nous du coup c’est une journée durant laquelle on fait des points, donc pas non plus une journée où on va se faire masser ! Mais c’est juste une transition et l’objectif c’est d’arriver à redevenir des personnes normales !

Aurélia : Avec une vie sociale ! C’est vrai qu’au début on benchmarkait pas mal, là moi je me force à regarder, mais on n’a plus le temps d’aller tester des choses à droite à gauche.

Vous êtes physiquement présentes 7 jours sur 7 ?

Oui.

Aurélia : On tourne, il y a des jours où on arrive plus ou moins tard, maintenant Roxane est là donc elle assure l’ouverture et elle part plus tôt dans la journée. C’est important pour nous de sortir un peu de cette bulle. La force de ce lieu aussi c’est d’aller chercher les nouvelles tendances, se nourrir à droite à gauche donc il ne faut pas l’oublier.

Quel est l’avenir pour Chez Simone ? Vous avez envie de quoi ?

Julie : L’avenir, c’est de déjà réussir vraiment à structurer le lieu pour après l’exporter, le dupliquer. On pense déjà à un deuxième Chez Simone. C’est un peu contradictoire avec ce que je viens de dire !

Aurélia : On veut prendre du temps et en ouvrir un deuxième ! L’équipe va se renforcer ici pour ça. C’est ce qu’on a aimé faire au début aussi. Aller chercher les lieux, ça a été notre source d’épanouissement et aussi dans le brainstorming, avant de mettre les mains dans le cambouis. On a réfléchi à la déco, à la musique, aux partenaires, et c’était hyper galvanisant.

Vous avez appris quoi comme leçons sur l’entrepreneuriat jusqu’à présent ?

Tout !

Que pourriez-vous transmettre à quelqu’un qui voudrait se lancer ?

Julie : Surtout je pense de ne pas se laisser décourager, parce qu’il n’y a que des choses décourageantes ! Vraiment.

Il ne faut juste pas faire rêver les gens sur un entrepreneuriat qui est facile et surtout je pense qu’il faut mûrir et avoir un projet qui est réfléchi. Pendant beaucoup d’interviews, les gens nous disent « vous avez été super vite, ça a été un coup de tête », mais Chez Simone, c’est l’aboutissement d’un an et demi de chaque côté, passé à travailler, à faire des constats, à avoir des discussions nouvelles, ce n’est surtout pas un coup de tête.

Après, il faut juste trouver dans la vie un équilibre entre « j’ai peur de sauter le pas mais je sais que mon projet est en béton » et à côté se dire, « moi aussi j’ai envie de vivre mon rêve et puis de me lancer, de ne pas avoir de patron ». Je pense qu’il faut mûrir le projet dans sa tête sinon personne, je pense, n’est câblé pour faire face à tout ce qu’on doit affronter en tant que nouvel entrepreneur. Quand le jour où tu veux te lancer, on te dit « nous on fait des crédits à des gens qui ont un an de bilan » par exemple. En fait, c’est ça, ce sont des contradictions en permanence avec des choses dont on a besoin pour se lancer et qui ne sont offertes qu’à ceux qui sont déjà présents. La patience est donc importante.

Aurélia : Je dirais qu’il faut suivre son intuition. Quand on s’est rencontrées, personne ne m’a dit « c’est la bonne personne », je l’ai senti. Donc il faut bien s’entourer et surtout parler de son projet, parce que du coup on entend plein de choses et quand on voit qu’il y a des choses qui se recoupent, on laisse tomber les choses qui nous ont peut-être découragées. Il faut rester toujours ouvert et, vraiment être hyper bien entouré.

Julie : Et garder du temps pour sa famille et ses amis parce que c’est vraiment une source d’énergie qui est importante quand on se lance.

Aurélia : Même si on les maltraite ! Ils donnent souvent de bons conseils et sur le coup on ne les entend pas. Mais après on apprend. Et comme disait Julie, personne n’est prêt… Ce qui est génial mais qui donne un peu la peur du vide.

Chaque boîte est différente et chaque entrepreneur est différent, et je pense que le cœur des entreprises qui marchent, c’est les gens qui portent la boîte et l’âme qu’ils mettent dedans et l’énergie. Il n’y a pas d’indications, pas de mode d’emploi pour que ça marche.

Oui, il y a des bases mais il n’y a pas tout. Et ça, ça peut faire peur, mais en même temps c’est est génial. Il faut avoir un petit côté inconscient, parce que sinon on n’y va jamais.

Et en regardant tout ce qu’il s’est passé, il y a des choses que vous regrettez ou que vous auriez aimé faire différemment ?

Julie : Oui un peu.

Aurélia : Moi je n’ai pas de regrets, mais avoir fait des choses différemment oui.

Vous avez des exemples ?

Julie : Notamment, à un moment donné, faire plus confiance à son intuition. On est aussi complémentaires dans le duo parce qu’il y a un peu le feu, la terre. Moi je suis quelqu’un de très pragmatique (Aurélia murmure : « c’est un roc ! ») qui ne fait pas trop confiance à son instinct mais à des choses que je sais, que je vois.

Aurélia : quand même !

Julie : Oui, sauf toi ! Et Aurélia, c’est l’inverse, elle fonctionne beaucoup au feeling, etc. Et donc si je devais m’appliquer un truc à changer, ce serait de faire plus confiance à mes intuitions et de moins faire confiance aux gens, de vraiment choisir les gens dont on s’entoure parce que c’est source de déception dans un lancement où on est à un stade d’épuisement. Ça peut être compliqué.

De manière plus générale, que pensez-vous des évolutions actuelles du travail ?

Aurélia : Je trouve que malgré toutes les contraintes qu’on a en France, il y a beaucoup d’entrepreneurs et je trouve que c’est très bien. Le Saint Graal, ce n’est plus le CDI, les gens ont envie de s’épanouir, d’être heureux dans leur travail. Le bonheur au travail, avant, c’était une belle phrase et là ce n’est plus vraiment ce qu’on ressent. Les jeunes, notre génération, on a vraiment envie de se bouger, de faire des choses différentes. Maintenant, le CDI n’a plus du tout la même valeur. Je l’avais ressenti aux Etats-Unis, par exemple si tu viens de la finance mais que t’as envie de faire du design, on te dit « vas-y, montre-moi de quoi tu es capable » et j’ai l’impression que ça arrive un peu en France. C’est encore un peu compliqué mais ça commence et donc on sent que les jeunes entre 20 et 30 ans, ils ont envie de …

Julie : … casser les codes. C’est aussi ce qu’on a eu envie de faire parce qu’on a également été tout de suite étiquetées, cataloguées. J’ai eu ce problème depuis que j’ai terminé mes études. Quand t’as fait Sciences Po mais que tu veux faire de la com, on te dit mais pourquoi tu n’as pas fait une école de commerce, quand tu veux faire des relations internationales mais que t’as fait Sciences Po, on te dit oui mais t’as fait tes stages dans la com et c’est ça en permanence. Quand tu lances un site et que t’es toute seule, t’es forcément une bloggeuse. Non pas que ce soit négatif, mais on te colle tout de suite une étiquette. Je pense que c’est notre façon de fonctionner en France, mais Aurélia a raison, on voit de plus en plus de gens qui ont envie de changer ça et qui sont beaucoup moins regardants sur ce qu’on va dire d’eux, sur la façon dont ils vont être jugés parce qu’ils lâchent leur job et qu’ils changent totalement de voie et ça c’est plutôt positif. Il y a donc beaucoup de positif quand même.

Et sur la tendance du bien-être, à laquelle vous avez cru toutes les deux en lançant vos projets, qu’est-ce qui a fait que vous y avez cru, que vous vous êtes dit que ce n’était pas qu’une tendance et qu’est-ce que vous imaginez pour l’avenir ?

Aurélia : Au-delà du bien-être, il s’agit davantage de valeurs. Je sais que ce sont mes parents aussi qui m’ont donné ça, ils m’ont dit « tu as un corps, il va t’amener jusqu’au bout, essaie d’en tirer le maximum et de prendre soin de lui ». Le sport m’a amenée à des moments de plaisir, de partage. Par rapport au bien-être, on revient à des choses un peu plus pas organiques, mais vitales. On revient à l’essentiel. C’est ce que tu mets dans ton corps, c’est ce que tu mets sur ta peau, ce que tu mets sur toi, avec qui tu t’entoures, on revient un peu aux sens.

Julie : Aux bases.

Et par rapport aux gens que vous voyez ici, vous avez des retours sur la façon dont les gens cherchent à revenir à cet essentiel ?

Julie : Ce qui revient beaucoup, c’est la simplicité. Un besoin de savoir, un besoin de connaissances, de retour aux sources, de comprendre pourquoi on consomme différemment aujourd’hui. Je pense qu’on est tous un peu au pied du mur et perdus entre le ELLE qui va te dire qu’il faut faire un régime deux mois avant l’été mais que toute l’année, on ne fait pas de régime, on mange healthy, ensuite un autre magazine qui va te dire qu’il faut faire de la boxe parce que tu grilles 500 calories par session, etc. Tout le monde est un peu paumé, parce qu’on nous raconte tout et son contraire en permanence et je pense que les femmes ont juste besoin d’un lieu où elles vivent une expérience et elles apprennent avec de l’expérience. Et surtout, elles voient qu’on peut tout dédramatiser. Je pense qu’elles viennent ici parce que c’est simple. C’est simple, sans prétention. Oui c’est un bel appartement parce qu’on a travaillé la déco, mais personne ne prétend détenir la vérité, on est beaucoup dans l’échange.

Aurélia : On est dans le partage. C’est ce que Julie disait, c’est un lieu où il y a de la bienveillance. On n’est pas en train de se regarder, donc elles se lâchent un peu, elles sont plus dans la confidence. Elles ont envie de tester de nouvelles choses, c’est pour ça qu’on propose une cuisine différente avec des superaliments ou des cours où on dit aux coaches : « amusez-vous, ne faites pas un copier-coller d’un cours de Body Attack ou je ne sais quoi, amusez-vous, vous êtes là pour donner envie et montrer qu’on n’est pas obligé de se prendre au sérieux pour prendre soin de soi ».

Merci Julie et Aurélia !

 

Chez Simone est situé 140, rue de Rivoli, dans le 1er à Paris.

Si vous voulez aller y faire un tour, les infos sont par ici : www.chezsimone.fr

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