Interview de Claire Commeau, co-fondatrice d’Impression Originale

 

Claire Commeau est la co-fondatrice d’Impression Originale, start-up qui propose de réinventer l’art d’offrir avec des papiers cadeaux créés spécialement par des artistes sur du papier recyclé haut de gamme.  

Très attentive aux détails depuis son enfance et sensible à la nature qui l’entoure, Claire a su mêler ses atouts personnels à ses envies. C’est une année de césure comme « exchange student » aux États-Unis qui a changé sa vie et l’a décidée à s’orienter vers l’art et en particulier vers les motifs. Elle a suivi un parcours passionnant dans la mode, avant de rencontrer Mathilde, son associée. Très complémentaires, elles ont lancé Impression Originale, un projet qui épanouit Claire aujourd’hui et qui a du sens pour elle, après plusieurs années de salariat et de freelancing. 

C’est un récit très poétique que Claire nous a livré. Je vous souhaite une bonne lecture ! 🙂

Bonjour Claire, pour commencer, peux-tu te présenter et me parler de ton parcours ? 

J’étais plutôt bonne à l’école mais sans grande passion pour une matière en particulier. Mais j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours demandé quelle activité en dehors de l’école je voulais faire et, naturellement, j’ai choisi de faire du dessin et la peinture à l’huile, dès le plus jeune âge. C’est un peu un truc d’adulte la peinture à l’huile maintenant que j’y repense, mais c’est là que j’ai appris à matérialiser mon amour de la couleur et des textures. Il se trouve que ma mère avait trouvé des cours près de la maison qui étaient donnés par une artiste avec une méthode un peu spéciale, la Méthode Martenot*. En gros, l’idée était qu’on n’apprenne pas à représenter les choses comme elles sont mais plutôt à les interpréter par rapport à la lumière, un peu façon Cézanne ou comme les Nabis*. Par exemple, si on regarde bien un arbre, l’écorce n’est pas forcément marron, on observe qu’il y a du bleu, du vert, une touche de jaune, d’orange… Cela a développé très tôt chez moi ce sens du détail artistique, de faire attention à des choses auxquelles peut-être les autres enfants ne faisaient pas attention. C’est un don qui s’est développé en dehors de l’école. Aussi, nous avions un grand jardin et quand je m’ennuyais*, au lieu de me trouver des activités, ma mère me disait d’aller jouer dehors. J’avais horreur qu’elle me dise ça mais j’allais quand même dans le jardin et comme je n’arrivais pas vraiment à jouer toute seule, j’ai passé beaucoup de temps à observer les fleurs, les pétales, la texture des feuilles, les petits points dans les pétales, le pollen, la couleur…

Bref, j’ai développé un sens du détail, de la couleur, de la matière, de la texture quand j’étais petite, qui du coup est devenue mon principal atout, ma touche personnelle, le fil conducteur entre toutes mes créations. 

*Plus d’informations sur la Méthode Martenot : http://federation-martenot.fr/

* Le mouvement Nabi (dont les membres sont les Nabis) est un mouvement artistique postimpressionniste d’avant-garde, né en marge de la peinture académique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. (source : https://bit.ly/2J3uEoO)

*Claire a partagé avec nous cet article très intéressant au sujet de la nécessité de s’ennuyer pour les enfants : https://www.bbc.com/news/education-21895704 

En Seconde, il a fallu que je réfléchisse au métier que je voulais faire. On nous avait donné une liste dans laquelle il fallait barrer ceux qui ne nous intéressaient pas. Étaient restés sur ma liste : décoratrice d’intérieur et archéologue ! Deux métiers qui n’avaient rien à voir l’un avec l’autre, a priori….  L’un était un peu artistique et un autre dans la recherche, l’étude et le détail (ce qui avait du sens pour moi). Il fallait cependant faire des études scientifiques pour être archéologue et cela ne me branchait pas plus que ça et mes parents ne voulaient pas que je fasse un bac artistique pour devenir « décoratrice d’intérieur ». Mon lycée ne proposait de toute façon pas cette voie donc la question de l’orientation dans le futur était plus que floue… J’étais dans un lycée qui enseignait le russe, langue que j’avais choisi d’étudier en 6e car je trouvais son alphabet joli ! J’avais hésité entre le chinois et le russe, et pour m’aider à choisir, mes parents m’avaient emmenée dans un restaurant chinois et dans un restaurant russe ! Je garde un souvenir mémorable de ce dernier. C’était comme une Datcha, tout en bois avec des pans de murs découpés avec des motifs comme dans les vraies datchas russes. Le décor était comme de la dentelle folklorique en bois et il y avait une danseuse avec un châle sublime avec des fleurs, qui chantait, un homme qui jouait de l’accordéon, des jolis coussins dans des couleurs chatoyantes incroyables et le menu écrit en russe avec la traduction en-dessous. Et là j’ai été émerveillée, ce décor m’a en fait transportée dans tout ce que j’aimais, les jolis motifs et couleurs ainsi que la découverte de l’exotisme de cette culture russe que je ne connaissais pas. Ce qui me reste du russe aujourd’hui ? La beauté de leurs traditions et la richesse de l’art russe et le fait d’utiliser le russe en phonétique pour prendre des notes que je suis la seule à comprendre ! C’est mon petit langage secret (sourire). J’adore l’idée de messages secrets, ça doit être mon côté « archéologue » qui parle. Cela me rappelle les Cités d’Or, un dessin animé qui passait à la télévision tous les soirs à 20h dans mon enfance. Ça racontait les aventures des conquistadors via l’histoire de deux enfants incas séparés de leur famille. Ils étaient capables de décoder des bracelets avec des messages créés par un système de nœuds que seuls eux comprenaient car c’était un langage chamanique inca. Cette idée m’ayant énormément plu, j’avais recréé tout un langage secret avec des nœuds. C’est finalement quand j’y repense la première fois que j’ai fait du « macramé » et cet amour du langage du nœud m’a bien servi plus tard dans mon travail lorsque j’ai dû créer des passementeries at autres broderies. C’est amusant comme tout est lié !

Puis, entre la Première et la Terminale, ma mère m’a parlé d’un séjour linguistique. Il s’agissait de partir un an aux États-Unis. J’ai dit oui de manière un peu désinvolte, sans trop me rendre compte de ce que ce que cela représentait réellement. J’ai dit oui comme si je disais « je veux bien partir en vacances pendant 15 jours » ! J’ai rempli le dossier, sans trop y croire car mon niveau était vraiment nul, mais finalement j’ai été prise après avoir passé un entretien. J’ai été choisie par une famille américaine dans le Kansas ! Au début, j’ai été déçue. Je m’imaginais plutôt aller à San Francisco, Los Angeles ou New York ! J’y suis donc allée un peu à reculons, en me disant qu’au pire je rentrerais si ça ne se passait pas bien. En fait, ce voyage a changé ma vie.

J’ai pu choisir les cours que je voulais, c’était une opportunité géniale. J’ai choisi des matières que je n’avais pas étudiées en France, comme la politique, du droit, des cours de speech, des cours pour apprendre la dactylographie sur le clavier de l’ordinateur, des cours sur l’environnement – ce qui était avant-gardiste pour l’époque (on était en 1991/92), et surtout des cours d’art. J’en avais tous les jours le matin et l’après-midi. Le niveau était beaucoup moins élevé que dans mon lycée alors j’étais plus que « détendue » et j’ai pu améliorer tranquillement l’anglais tout en vivant la vie d’une petite américaine teenager. La prof d’art que j’ai eue là-bas a changé ma vie le jour où elle m’a dit que tous les motifs que je dessinais étaient très « textiles ». Elle m’a encouragée à développer cette partie de moi en m’emmenant à la journée portes ouvertes dans son université, à Topeka, la capitale du Kansas, là où elle avait étudié. Elle m’a montré les travaux des élèves aussi bien dans le textile que dans d’autres domaines d’expression comme l’illustration ou le design d’objets. Elle avait clairement repéré que j’avais un truc pour les motifs, les couleurs, les textures, et elle m’a fait découvrir un monde que je ne connaissais pas. Du coup quand je suis rentrée en France, j’ai annoncé à mes parents que j’allais étudier le textile !

C’est ça qui m’a permis de faire un choix capital pour mon futur.

Cette prof géniale a été là au bon moment pour me dire quelque chose que j’ai pu entendre, à ce moment-là.

Elle avait une façon d’enseigner à l’américaine, comme tous les autres profs que j’ai eus dans cette école, qui était beaucoup plus une relation plus amicale, et abordable. Elle m’a vraiment donné confiance en moi, elle m’a fait sentir que c’était quelque chose qui était facile pour moi et donc à ma portée.

J’ai donc réalisé à 17 ans que le travail pouvait aussi être un plaisir, que l’on pouvait être payé à faire des choses qui nous épanouissent et nous passionnent. 

Quand je suis rentrée en France, j’ai donc annoncé à mes parents que je voulais étudier le textile et je me suis inscrite dans une prépa d’art. J’ai découvert par la même occasion que j’avais, des deux côtés de ma famille, eu un arrière-grand-père artiste et une arrière-grand-mère qui avaient dessiné des silhouettes de mode dans les gazettes de mode au début du siècle, avant l’arrivée de la photographie dans les magazines.

J’ai donc commencé mes études à Penninghen (la même école que celle faite par mon arrière-grand-mère et grand-père !). C’est une prépa très intense et difficile mais avec une excellente réputation de résultats. J’avais quasiment 4 heures de trajet par jour à trimballer le grand carton à dessin, les pots de peinture… Tout ce qu’on faisait en cours était noté, on avait des devoirs à rendre pour le cours d’après, ça n’arrêtait pas ! Le seul moyen était de plonger dedans à fond pour réussir. En l’occurrence, j’ai été récompensée puisque j’ai été prise à l’école Duperré, l’école que je voulais absolument faire car elle avait une spécialité textile qui m’avait fait rêver à la journée portes ouvertes.

Là-bas, j’ai eu la chance d’avoir une prof incroyable en textile. Le premier jour, en guise d’introduction, elle a nous dit « On vous a choisis, vous êtes 20 élèves complètement différents, on a fait comme un casting, vous êtes comme un champ de fleurs. Chacun de vous est une fleur différente et vous devez trouver quelle fleur vous êtes. » On s’est demandé de quoi elle nous parlait ! Puis après quelque temps, on a observé qu’une élève qui dessinait en grande échelle avec de gros pastels gras était plutôt un tournesol et celle qui dessinait des toutes petites choses subtiles devait plutôt être un myosotis. Elle nous a fait comprendre qu’on était tous uniques, qu’on n’était pas du tout en compétition les uns avec les autres, qu’il y aurait de la place pour tout le monde. On devait faire des présentations devant tout le monde, ce qui était a priori un gros challenge pour les élèves plutôt timides que nous étions mais cela nous a tellement appris, c’est incroyable ! On a ainsi pu intégrer les univers personnels de création des autres du fait d’avoir vécu toutes les étapes de leurs créations. Nous prenions des notes pour celui qui faisait la présentation pour pouvoir lui redonner un feedback après ; c’était super intelligent comme façon d’apprendre vraiment, cela a développé des ressources incroyables en nous, des trésors dans lesquels nous pouvons encore puiser aujourd’hui. Pour ce diplôme en textile, j’avais choisi l’archéologie comme thème, j’avais créé un voyage dans les strates de terre dans lesquelles on trouvait des trésors (des échantillons textiles que j’avais créé dans diverses techniques, des bijoux que j’avais créé, etc.). Ça a bouclé la boucle avec mes premières envies de devenir archéologue.

Puis, toujours à Duperré, j’ai passé deux années à développer un Mémoire pour obtenir mon DSAA  – Diplôme supérieur des arts appliqués. C’est comme une sorte de psychothérapie en art, il faut « accoucher » d’un thème qui créé un vrai dialogue entre la création d’aujourd’hui et de demain et qui séduira un jury de professionnels. Mon thème de DSAA était autour de l’idée de comment donner une âme au processus industriel et comment ne pas perdre son âme en tant que designer.

Quand tu as l’impression de perdre ton âme dans ton boulot journalier, il faut se souvenir de cette époque où tout était possible, de qui tu es, te demander quels sont tes principes, ce que tu aimes, ce que tu aimes faire. Suis-je vraiment là où je veux être, est-ce que je prends du plaisir à faire ce que je fais ou suis-je juste en train de travailler pour payer mon crédit ?

Les profs de DSAA nous avaient dit, « Si vous êtes perdus dans votre vie, revenez à ce que vous créez aujourd’hui, reprenez votre Mémoire et retrouvez-vous dans ce que vous avez fait pour votre DSAA ». C’est génial et ça marche vraiment en plus ! Nous étions guidés par un ensemble de profs vraiment inspirants, ayant tous un pied dans le monde professionnel avec des parcours très complémentaires.

Après ce diplôme, je me suis dit qu’il serait difficile pour moi d’être embauchée tout de suite car j’étais spécialisée dans les motifs et la mode était aux tons neutres, au monochrome, c’était l’époque où le top était top Calvin Klein ou Helmut Lang. Cela ne me correspondait pas du tout. Je me suis donc dit que j’étais peut-être faite pour autre chose. Je me suis donc inscrite à l’IFM parce que je trouvais leur cycle de management intéressant. J’ai passé l’examen et dans le jury, il y avait la nouvelle directrice du cycle de création qu’ils venaient d’ouvrir. Elle m’a parlé du nouveau diplôme Master en Création et j’ai donc changé de direction et postulé pour suivre ce nouveau cursus de création, aujourd’hui si développé. J’ai eu la chance de commencer à travailler directement en sortant de l’IFM dans un bureau de tendances renommé puis 6 mois plus tard, la RH de l’IFM m’a dit que Louis Vuitton recherchait un designer textile pour aider au développement des matières. J’aimais énormément mon job dans le bureau de tendances mais j’ai quand même été passé l’entretien, on ne pouvait pas refuser un rendez-vous chez Vuitton ! Après trois entretiens, Louis Vuitton m’a fait une offre pour être Coordinatrice Recherche Textiles. Tout le monde me disait que je serais folle de ne pas y aller. Après avoir été assurée que je pourrais revenir au bureau de tendances si je le voulais, j’y suis donc allée. Les débuts ont été un peu « rudes » car je n’ai fait que couper et classer des échantillons textiles pendant 6 mois, j’avais pressenti à juste titre que le poste n’était pas aussi passionnant que sa description… mais la patience a fini par payer et un jour, j’ai pu commencer à faire de la recherche iconographique et des échantillons d’idées pour le directeur du studio. Mon conseil aux jeunes d’aujourd’hui : développez votre résilience. Je me suis finalement vraiment épanouie dans ce poste et cette aventure a duré 6/7 ans. Puis j’ai rajouté une corde à mon arc, en plus de la recherche d’inspirations, avec un poste qui me donnait la responsabilité de créer des designs de foulards.
Entre temps, j’avais rencontré un petit Anglais et j’ai du coup déménagé à Londres et suis passée en freelance.

Mais après plusieurs saisons, c’est devenu un peu compliqué de gérer les différents postes et les voyages. J’ai décidé de me focaliser sur les foulards et les motifs. A cette époque, j’ai commencé à prendre du recul par rapport au monde de la mode et j’ai eu envie de redéfinir ce dont j’avais vraiment envie. 

J’ai commencé à prendre des cours de céramique et j’ai retrouvé le pouvoir m’exprimer librement, moi qui passais tout mon temps à répondre à des briefs précis du marketing. La céramique m’attirait depuis longtemps et je m’étais dit qu’un jour, je serais peut-être céramiste. Je savais qu’un jour j’allais changer de métier et ce changement s’est fait graduellement.

Puis à 38 ans, mon envie de fonder une famille est devenu une priorité. J’ai quitté Louis Vuitton pour arrêter de vivre entre Paris et Londres, c’était un peu un saut dans le vide. Finalement, je n’avais connu plus ou moins que ça comme boite. J’ai trouvé un job dans le nouveau studio de création Bally où j’allais m’occuper des motifs et foulards pour l’homme et de la femme. Travailler sur l’homme agrandissait mon domaine de compétence et je trouvais le challenge intéressant donc je n’ai pas hésité. Au bout d’un an, je suis tombée enceinte et quand je suis rentrée de congé maternité, le CEO nous a annoncé avec un grand sourire que le bureau de Londres allait déménager à Milan. Mais la vie est bien faite….  J’avais rencontré pendant mon congé maternité une fille avec laquelle je suis devenue amie et qui m’a présenté Mathilde, ma future business partner d’Impression Originale.

Comment est née l’idée d’Impression Originale ? 

C’est Mathilde qui a eu l’idée de créer une société basée sur les papiers cadeaux. Elle cherchait des artistes pour travailler avec elle donc cette amie qui lui a parlé de moi et nous a mises en contact. Quand elle m’a parlé de son projet, je lui ai dit que j’aimais les papiers cadeaux depuis toujours ! C’est toujours moi qui fais les emballages de cadeaux dans ma famille ! J’adore parce que c’est comme une espèce de broderie-sculpture, j’adore varier les façons d’emballer chaque cadeau pour m’adapter à la personnalité de chacun et me challenge souvent d’utiliser les bouts de papier déjà coupés que personne ne va vouloir utiliser. J’avais envie depuis longtemps de faire des motifs pas seulement pour la mode, que j’avais pensé aussi au papier peint, au papier cadeau, mais que je n’avais pas poussé plus loin l’idée. Je lui ai donc dit que j’aimerais bien faire la direction artistique et pas seulement dessiner un motif pour un de ses papiers cadeaux. J’aime beaucoup collaborer avec les artistes, j’aime ce travail de recherche d’équilibre de style et de thèmes dans une collection, rechercher la cohérence des choses et la complémentarité des univers que nous développons. Contrairement à la mode où tout va très vite, avec les papiers cadeaux, on prend le temps de créer des choses uniques et c’est ça que j’adore en fait. Je me retrouve dans mon élément car je fais ce que j’aime. Je suis dans le motif et je suis dans le concept à la fois, avec la direction artistique.

Comment ça a démarré ? 

Mathilde, mon associée, a fait une école de commerce classique puis a travaillé dans le monde diplomatique. L’antenne française du pays où elle était a soudainement fermé. Elle a dû rentrer en voiture en France et pendant ces longues heures de trajet, elle a eu le temps de bien réfléchir à ses futurs projets. Elle avait envie de quelque chose de plus léger et c’est comme cela que l’idée de monter une société spécialisée dans le papier cadeau est venue. Aussi parce qu’elle aime depuis toujours emballer les cadeaux, tout comme moi. A sa rentrée en France, Mathilde a monté la structure juridique d’Impression Originale. Elle avait envie de faire quelque chose de plus créatif.  On se complète vraiment bien. Pour quelqu’un qui ne vient pas du domaine artistique, elle a un vrai regard et un sens du détail, elle est très intuitive donc c’est hyper agréable car elle comprend mes questionnements ou ce que je raconte ! Ce qui fait de nous un bon tandem !

Vous avez donc tout construit ensemble ? 

J’ai essentiellement travaillé sur la direction artistique et l’image car c’est l’expertise que j’apporte à Impression Originale. Sans produits à vendre, le reste n’a pas de sens ! Vous l’avez compris, je suis plutôt cerveau droit ! Mathilde a la tête sur les épaules et bien faite (!) donc elle a pris en charge tout le côté commercial, logistique, juridique et comptabilité qui demandent un sérieux cerveau gauche ! Je lui fais totalement confiance là-dessus. Ensuite, on partage quelques territoires communs comme les médias sociaux par exemple. Moi c’est Instagram car cela demande plus de construction visuelle pour avoir une « grille » cohérente et Mathilde c’est Facebook. Enfin pour le moment… Les choses changeront dans le futur au fur à mesure que nous allons nous agrandir. Ensuite, bien sûr, nous échangeons très souvent sur le contenu de la future collection et travaillons main dans la main pour des projets avec des marques ou des clients privés.

Sinon, notre site est un vrai challenge.  Mathilde avait déjà l’expérience d’avoir créé des sites en ligne, cela ne lui faisait pas peur. Encore une fois, son génial cerveau gauche lui permet d’organiser le site et de le référencer correctement. Nous parlons ensemble du contenu, de la mise en page et bien sûr, je travaille beaucoup sur le contenu des photos pour le site et les médias sociaux, c’est une grosse part de mon travail. Mathilde n’a peur de rien, elle se débrouille toujours pour apprendre et comprendre un nouveau domaine quand un nouveau challenge arrive. C’est une qualité que j’admire chez Mathilde. Par exemple, je pense qu’elle était plutôt partie pour trouver des artistes elle-même et donc faire la DA seule… mais avec mon profil, mon parcours et bien entendu le fait que le courant soit bien passé entre nous, c’était évident qu’elle ne pouvait pas demander mieux. Ce qu’elle m’a effectivement dit plus tard quand elle m’a confirmé son intention de me prendre comme associée et ce jour-là, j’ai senti que ma vie prenait à nouveau un tournant important.

Aujourd’hui tu es complètement à Londres ?  

Oui mais cela changera peut-être dans le futur, nous verrons !  Pour le moment, le travail à distance marche plutôt bien mais je pense que les choses vont changer bientôt car nous sommes en train de nous agrandir. Nous allons faire rentrer un nouveau partenaire pour le côté commercial et logistique car ces domaines sont chronophages et Mathilde fait déjà énormément de choses, elle ne peut pas tout faire.

Il y a plein de pistes auxquelles nous n’avions pas pensé quand on a monté la société. Au début, nous pensions qu’en plus des papiers cadeaux, nous allions pouvoir aussi proposer des motifs sur mesure aux marques mais en fait ça va vraiment plus loin que ça. Il y a tout ce qui touche à la cérémonie de vente, comment retrouver l’identité de la marque dans la façon d’emballer, dans la gestuelle des mains, dans le pliage, dans la forme du nœud, etc. Que fait-on pour ajouter un peu de magie dans la dernière partie de l’acte d’achat ? Aujourd’hui, beaucoup de marques se posent cette question mais ne savent pas comment y répondre. Nous avons commencé à travailler avec des marques prestigieuses sur leur cérémonie cadeaux, que cela soit pour un événement en particulier ou pour retravailler leur cérémonie cadeaux « image » dans leur réseau boutique. En tant qu’expertes de l’art d’emballer, nous y avons toute notre place. Souvent, les marques demandent à leur agence de com de s’en occuper mais bien sûr, elles ne vont pas jusqu’à ce niveau de détail. Lier le fond et la forme, transcender l’ADN de la marque au travers une histoire dans la cérémonie de vente, cela demande aussi une expertise de terrain aussi dans le domaine de l’art d’offrir.

Tu as été freelance pendant quelques années avant ce projet, mais au final depuis combien de temps te sens-tu vraiment indépendante ? 

Depuis Impression Originale justement, car c’est vraiment un projet personnel. Quand j’étais freelance pour des entreprises, c’était presque comme si j’étais salariée, en tout cas dans ma tête!

Quand tu travailles pour quelqu’un d’autre, tu mets beaucoup de toi mais les autres ont le dernier mot. Là avec Mathilde, Impression Originale, c’est notre bébé. Chaque décision compte beaucoup plus. Tout est pensée et pesé d’une manière différente.

Pour toi quels sont les avantages aujourd’hui à être indépendante et à avoir ta propre société ? 

Quand on est employé, on peut adorer son job, mais on est toujours un employé, il y a toujours quelqu’un qui a le mot final sur tes créations ou qui valide tes décisions, le DA ou le marketing.

Quand tu es ton propre chef, tu as plus la pression de prendre la bonne décision parce que justement, il n’y a personne pour te dire ce qu’il en pense, tu es responsable à 100% du résultat. Il n’y a que toi qui peut décider. Pour moi, c’est la vraie différence. Quand tu as ta société, tu as plus de liberté, ce qui peut faire peur, mais c’est ça la vraie liberté en fait. 

Depuis 2 ans et demi que la société existe, qu’as-tu appris ?

J’ai appris que je pensais connaître plein de choses et qu’en fait, je ne connaissais pas grand-chose ! Je n’arrête pas d’apprendre des nouvelles choses tous les jours. J’utilise tout ce que j’ai appris dans ma vie professionnelle et j’en suis très reconnaissante mais je me suis rendue compte qu’on est tellement mis dans des cases dans la vie professionnelle qu’on en oublie de se former et d’apprendre de nouvelles choses. Quand on a sa société, on doit se former et apprendre des choses tout le temps. Là, par exemple j’apprends comment optimiser mon utilisation d’Instagram, comment améliorer la communication, le marketing sur les réseaux sociaux. J’apprends de nouvelles choses dans des domaines qui m’ont toujours intéressée mais sur lesquels je n’avais pas pris le temps de me pencher. Comme pour tout, il faut apprendre la technique générale puis désapprendre pour trouver sa propre voie. J’essaie toujours de trouver la bonne recette, celle qui me correspond.

 Tu travailles de chez toi actuellement ? 

Oui, pour le moment, mais cette année on va prendre des bureaux en coworking. L’idée, c’est de créer une cohésion d’équipe. Quand nous étions juste toutes les deux au début avec Mathilde, c’était facile de communiquer mais avec le 3e associé et la personne qui va s’occuper du côté presse, c’est important de se regrouper. Je vais voir comment m’organiser entre Londres et Paris, ou peut-être revenir à Paris. C’est un gros challenge pour mon compagnon et moi-même. Ça nous fait nous poser beaucoup de questions, pour notre couple, notre vie de famille, l’éducation de notre fille, nos carrières… Ça nous fait réfléchir aux priorités, à nos envies. Comme il est anglais, peut-être qu’il aura du mal à trouver un job à Paris. Ça me rajoute encore une pression supplémentaire sur les épaules aussi, de devoir potentiellement être la seule à gagner de l’argent pour la famille pendant un temps. On devrait pourtant se dire que si l’homme est prêt à le faire, nous les femmes, on devrait être prêtes à le faire aussi. Faire ce pas est une décision a ne pas prendre à la légère.

Est-ce que tu as traversé d’autres moments de questionnements ou de doute comme en ce moment ou ça a plutôt été fluide dès le départ ? 

Il n’y a pas eu de doute de mon côté. Du côté de Mathilde, je ne peux pas parler à sa place mais je ne pense pas non plus car c’est une fonceuse et je pense qu’elle m’en aurait parlé car nous avons toute confiance en l’une l’autre.

J’ai plutôt ressenti de la frustration par moment quand les choses vont trop lentement. On a parfois à faire à des gens peu investis dans leur travail, voire impolis. Et pourtant, il faut garder patience et garder le sourire. La fameuse « résilience » dont je parlais tout à l’heure.  Tout cela prend beaucoup de temps et d’énergie.

Quid de votre rapport à l’écologie ? 

L’écologie est présente dans mon quotidien depuis longtemps. Je mange bio depuis des années, je fais attention à notre consommation d’eau et prends les transports en commun autant que possible. Le tri sélectif est très bien organisé à Londres et je fais mon marché à côté de chez moi pour encourager les producteurs locaux et les produits de saison, éviter les emballages plastiques. Du coup, les seules choses que nous achetons au supermarché sont les citrons et les produits ménagers bio.  Je signe les pétitions contre les gros pollueurs et suis de près les actions de Pollinis visant à protéger nos abeilles. Je suis atterrée par la force des lobbys dans le domaine de la santé, l’agro-alimentaire et de la pollution, la mollesse de Bruxelles…

Pour Impression Originale, c’était évident dès le début que nos papiers seraient fabriqués à partir de papiers recyclés, à empreinte carbone minimum. Nous l’avons inclus dans notre présentation mais aujourd’hui, ce n’est même plus un argument, c’est attendu pour certaines personnes. C’est quelque chose qui nous tient à cœur en tout cas. Notre dernier challenge en date : trouver une nouvelle base de papier recyclé à 100% pour l’année prochaine car le fabricant a mis la clé sous la porte. Il faut savoir qu’il y avait seulement trois fabricants en Europe et les deux autres ne font pas la qualité de papier 100% recyclé, ce qui parait incroyable à l’époque où nous vivons…. Tout le monde parle du recyclage, de sa nécessité et de l’urgence de la situation mais en réalité, les progrès dans l’industrie sont très lents sauf si poussés par une nouvelle loi. D’où la nécessité de voter 🙂 Une petite structure comme la nôtre ne va pas vraiment motiver un poids lourd du papier à développer une nouvelle qualité de papier 100% recyclé malheureusement…

Pour revenir à des choses plus personnelles, aujourd’hui, est-ce que tu profites d’une certaine flexibilité ? 

Quand tu travailles dans la mode, tu peux difficilement quitter le studio à la même heure tous les jours pour aller chercher ton enfant à la crèche et même si tu arrives plus tôt pour contrebalancer, cela ne suffit pas. Et puis il y a toujours une réunion décalée ou autre urgence qui vient se glisser à la dernière minute. Au moins, en étant indépendante, je ne se stresse plus là-dessus car je n’ai de compte à rendre à personne. Je gagne aussi du temps à travailler chez moi. Le temps que je ne passe pas dans les transports est du temps que je passe à travailler. En contrepartie, parfois c’est difficile car quand ma fille rentre à la maison, je ne peux plus travailler du tout, donc je dois faire rentrer une journée de travail dans des horaires plus restreints. 

Tu arrives à prendre soin de toi avec ce rythme ? 

Je faisais pas mal de yoga avant la naissance de ma fille. Depuis son arrivée et la création de la société, je n’ai clairement plus eu le temps. J’ai commencé très récemment à retourner au yoga et je m’intéresse à des cours de méditation près de chez moi. Pendant 2 ans, les seules pauses que je me suis accordée étaient une séance d’ostéopathie par semaine pour aider mon mal de dos. J’y allais le lundi et c’était mon petit moment de bien-être pour bien démarrer la semaine. Mais je n’y vais plus depuis un an car une praticienne en Chromatothérapie – le soin par les couleurs – a soigné en deux séances mon mal de dos qui existait depuis 25 ans ! J’ai été bluffée par le résultat et ai donc décidé de me former à la Chromatothérapie. Cette formation est passionnante et je me dis que peut-être un jour cela deviendra mon métier, qui sait ?

*Plus d’informations sur la Chromatothérapie sur http://www.chromatotherapie.com 

Pour conclure, quels conseils donnerais-tu à un jeune entrepreneur ? 

Je pense que c’est important d’avoir une première expérience professionnelle. On est naïf en sortant de l’école, on a plein d’énergie et de bonnes intentions, ce qui est super, mais il n’y a rien de plus important que le réseau, de pouvoir compter sur des gens qu’on a connus, pour pouvoir poser des questions ou se faire présenter quelqu’un d’autre. Pouvoir poser des questions aux bonnes personnes est un luxe qui fait gagner du temps et évite de faire des erreurs.

Donc se créer un bagage et un réseau, je pense que c’est la chose la plus importante. C’est un trésor qu’on ne peut pas acheter. 

Aujourd’hui, je sais que l’union fait la force, je sais reconnaître mes faiblesses et bien m’entourer pour avancer au mieux.

Je pense aussi qu’il faut se laisser guider intuitivement dans la vie, comme je l’ai fait avec ma prof aux États-Unis – cela a changé ma vie. Il faut être prêt à écouter et entendre les choses, suivre son intuition et son cœur, tout simplement. 

Comment vois-tu évoluer le rapport au travail et en parallèle le bien-être au travail ? 

Je pense qu’on va travailler de moins en moins, notamment en raison de la robotisation. Ça paraît encore théorique mais c’est à notre porte, on va devoir s’adapter et créer notre travail. Je me suis rendu compte que j’avais la plupart du temps modelé mes postes selon mes envies dans ma carrière. J’ai eu cette grande chance dans ma vie. On m’a fait confiance chez Vuitton et chez Impression Originale notamment. Je pense que dans le futur les gens vont être beaucoup plus flexibles, ils vont devoir l’être en fait ! Il faut, à mon sens, étudier des choses plus générales, développer ses facultés de raisonnement, son adaptabilité, sa résilience, sa soif d’apprendre. Je me rends compte à quel point c’est important d’apprendre à ma fille à être curieuse. Dans le futur, on va devenir plus adulte et moins comme des enfants qui exécutent les jobs qu’on nous donne. D’ailleurs la nouvelle génération challenge beaucoup plus la hiérarchie, preuve du changement en cours ! Aujourd’hui, les gens partagent des espaces communs de travail mais dans le futur, il y aura encore plus de mouvement, plus de flexibilité, notamment via le télétravail, tout l’organisation du travail va devenir plus fluide et devra être revue. C’est dans l’intérêt de tout le monde de changer de trajectoire, étant donné qu’il y aura de moins en moins de jobs, on va devoir se poser les bonnes questions, se demander à quoi on est vraiment bon, ce qui nous correspond vraiment.

Concernant le bien-être au travail, je trouve que les entreprises sont trop premier degré pour le moment. Ça ne suffit pas de mettre du thé de qualité et un baby-foot, on manque de vrais bons managersLe bien-être passe par un chef qui te fait confiance et qui comprend que l’équipe est une force et qui n’essaie pas de rabaisser les gens. Pour moi le progrès viendra quand les employés seront beaucoup mieux managés. Dans toutes les expériences que j’ai eues, je n’ai eu qu’une seule fois une bonne manager. Pour moi le bien-être passe donc par un manager empathique qui sait en même temps mettre des limites. Il faut un management humain, plus sincère. Dans le monde du travail, les gens sont beaucoup gouvernés par la peur en fait ; tout tourne beaucoup autour de l’ego. Si on stimule plus le « développement personnel » chez les employés, il y aura plus d’harmonie. Ils accepteront aussi mieux les changements à venir. Être heureux dans son travail mais aussi à côté est important. Les gens plus épanouis personnellement seront plus heureux dans leur travail. 

Merci Claire !

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