David Klingbeil est le fondateur de Dymant, une start-up qui tente de révolutionner l’expérience luxe sur internet, selon ses propres mots.

David est un entrepreneur dans l’âme, il a le « feu sacré », comme vous pourrez le lire dans cet entretien.

David est inspirant car il a envie d’aller au bout de ses passions, de suivre ses envies pour n’avoir aucun regret et cultive la résilience, dans l’optimisme et de façon toujours positive.  

Bonne lecture ! 🙂

Bonjour David, peux-tu me raconter ton parcours ?

J’ai 29 ans, je suis passionné de luxe et d’innovation, et cela depuis de nombreuses années. Je viens d’une famille qui s’est intéressée à ce sujet il y a longtemps puisque mon arrière-grand-père, qui s’appelait Félix Dymant, avait déjà créé une marque d’accessoires fabriqués par des artisans qui étaient vendus dans toute l’Europe. Ensuite, ma mère a eu des boutiques de luxe pendant quinze ans. Elle était notamment revendeur Richemont et dans ses boutiques, elle revendait des accessoires, de la maroquinerie, des bijoux, des marques comme Cartier, Mont-Blanc ou ST Dupont. Quand j’étais petit, je l’aidais pendant l’été à sélectionner les produits qu’on allait vendre, à s’occuper des clients privilégiés, du merchandising, je participais à la vente ; j’ai grandi dedans. Et ensuite, il y a presque dix ans maintenant, j’ai cofondé le blog Web&Luxe, sur lequel j’ai publié 2000 articles sur la transition digitale des marques de luxe, qui est un sujet qui me passionne. Je me suis posé des questions sur la façon dont on pouvait réinventer l’expérience luxe et la sublimer à l’heure des réseaux sociaux, d’internet, du e-commerce, de la réalité augmentée, de la 3D, de l’innovation, de la techno, etc. Aujourd’hui, je suis beaucoup moins actif, c’est beaucoup moins régulier.

En parallèle, je donne des cours et des conférences sur ces sujets – luxe et digital, luxe et entrepreneuriat, luxe et innovation – à HEC, à l’IFM, dans un MBA à Sup de Luxe, et je donne une quinzaine de conférences par an. Je suis aussi co-auteur d’un livre qui s’appelle Luxe et Digital, qui a été publié aux Editions Dunod l’année dernière, qui est le livre de référence sur ce sujet.

Avant, j’ai travaillé en fonds d’investissement, chez Partech, en capital risque, et j’ai eu envie à un moment de me consacrer pleinement à ma passion et du coup je me suis dit que j’avais envie de créer Dymant.

Concrètement, ton premier métier, ça a été chez Partech ?

Oui, mais je savais que je voulais être entrepreneur. J’avais déjà été en stage et j’avais trouvé que le métier d’investisseur dans les start-ups était hyper intéressant. Ça me permettait de rencontrer beaucoup d’entrepreneurs, de faire des très belles rencontres qui te changent, parce que l’enthousiasme que peuvent te transmettre les entrepreneurs, l’intelligence qu’ils peuvent avoir, le fait de te projeter dans leurs histoires, de suivre leurs histoires, c’était très précieux. Faire cela pendant deux ans a été très précieux pour moi et m’a beaucoup formé, donc j’avais envie de continuer à me former. J’y suis allé en me disant que j’avais envie de me former pour être un meilleur entrepreneur.

Du coup ça m’a beaucoup appris, j’ai rencontré beaucoup de gens, qui au début m’ont donné des conseils et donc en partant du fond, j’en ai profité pour faire une levée de fonds en quittant Partech, on a levé un million d’euros, à moitié auprès du fond et la moitié auprès de IDinvest, un autre fond d’investissement.

Tu avais toujours été ouvert sur tes ambitions auprès des gens de chez Partech ? Ils t’ont accompagné pendant tout ça du coup ?

Oui, ils m’ont beaucoup aidé, donné de conseils, aujourd’hui encore, on se voit pour réfléchir aux évolutions de la stratégie. Chez les VC*, il y a beaucoup de gens qui veulent ensuite créer leur boîte. Je vois, dans ceux qui travaillaient avec moi, ils ont tous créé une boîte : mon N+1 est parti en Inde, en l’occurrence ça n’a pas marché, il est redevenu investisseur ; le mec qui était à côté de moi, il a créé une première boîte, il a revendu ses parts, il vient d’en créer une deuxième ; le mec en dessous de moi, enfin il n’y avait pas que lui, il y en avait 3-4, ils ont tous créé une boîte, c’est vraiment une rampe de lancement pour l’entrepreneuriat.

Du coup j’ai levé des fonds et j’ai lancé Dymant.

*VC : Le capital risque (venture capital ou VC) est une prise de participation par un ou des investisseurs, généralement minoritaire, au capital de sociétés non cotées.

L’objectif de l’investisseur est de participer financièrement au développement d’entreprises innovantes à fort potentiel de croissance et de réaliser une plus-value substantielle lors de la cession de ses titres.

Source : https://www.afecreation.fr/pid1617/le-capital-risque.html

Ça faisait combien de temps que tu avais cette idée-là ?

Cela faisait plus de 10 ans que je réfléchissais au luxe. En fait, j’avais toujours pensé à ça. Et puis l’idée a mûri. Même aujourd’hui, ce n’est pas la même idée que quand on a lancé l’entreprise il y a trois ans. Mais l’idée de faire quelque chose dans le luxe, je l’avais toujours eue.

Et l’idée de Dymant précisément, comment est-elle apparue ?

L’idée, c’est un peu des itérations successives, il y a un peu de Web&Luxe, c’est-à-dire qu’on avait créé un média sur le luxe qui donnait à voir tout ce que les marques faisaient, tout ce que les créateurs faisaient, ça nous a sûrement donné des idées. En parallèle de mes études, j’ai toujours fait des petits sites internet en freelance pour financer mes sorties.  Donc quand ma mère avait ses magasins, j’avais monté leur site internet et j’étais allé auprès de chaque marque pour pouvoir avoir le droit de les revendre sur internet et du coup en 2007 ou 2008, on est devenu le premier site internet à revendre Cartier en France. Même Cartier n’avait pas de site internet pour le e-commerce. Du coup je suis allé les voir en leur proposant de faire un test, ce qu’ils ont accepté. On avait 2000 clients sur Graines de Luxe, qui était ce site, et c’était un peu les premiers pas de Dymant parce qu’on avait toutes les grandes marques et, petit à petit, on a commencé à introduire des artisans et on s’est rendu compte que les gens adoraient les produits de petits artisans, italiens, français, pour le cuir, le bois, etc. Donc petit à petit, c’est devenu Dymant.

Ensuite, ma mère a vendu les magasins et donc on a vendu le site avec et les gens qui ont repris ne l’ont pas continué donc il a fermé. Mais on s’est retrouvé avec cette expérience et cette expertise de vendre sur internet des produits de luxe, ce qui n’était pas commun et du coup je me suis lancé. Quand on s’était lancé, personne ne vendait de marques de luxe sur internet et après petit à petit toutes les marques ont ouvert leur propre site et elles ont donné des licences à d’autres gens. En revanche, les artisans, personne n’avait repris le flambeau et pourtant c’était super intéressant comme sujet donc je me suis dit qu’on allait se concentrer là-dessus sur Dymant. Je me suis dit lançons un endroit où les artisans pourraient être en contact avec la technologie, le marketing, le design, et vendre leurs produits sur internet.

Et tu l’as monté tout seul ?  

Oui et non. J’ai été super entouré, plein de gens m’ont aidé dans le process. Mon frère a des parts dans la société, il n’est pas opérationnel mais il m’accompagne beaucoup. Mais je n’ai pas d’associé en effet. Au début, je faisais tout tout seul et après dès qu’on a fait la levée de fonds, on a pu recruter des gens.

Tu penses que tu es parti pour avoir toujours tes entreprises ou tu te verrais retourner du côté du salariat ?

Pendant de très courts moments, tu doutes un peu. Tu te dis que tu aimerais bien avoir des RTT, des congés payés, rentrer chez toi, mettre les pieds sous la table et ne plus penser au boulot. Parfois j’aimerais pouvoir expliquer ce que je fais en arrivant à une soirée en deux mots et pas en quinze minutes… De temps en temps, tu te dis ça, mais en vrai, ces moments durent cinq minutes.

Quand je me demande ce qui m’apporte le plus d’épanouissement, de plaisir, de bonheur, et qui peut aussi être à la hauteur des ambitions que je peux avoir, qui peut être un vrai succès, la réponse que je préfère c’est l’entrepreneuriat.

J’espère évidemment que Dymant va cartonner, qu’on le revende un jour ou pas, j’espère que ça générera beaucoup d’argent, fera vivre plein de personnes, créera beaucoup de valeur, mais imaginons qu’un jour ça ne marche pas ou que ça marche et qu’on doive le céder, ce que j’imagine après, c’est beaucoup plus de créer autre chose, de rester dans le monde de l’entrepreneuriat, plus que d’être salarié. Je n’ai cependant rien contre le salariat, j’étais très heureux en fonds d’investissement, pour moi c’est le deuxième meilleur métier au monde, mais pour moi ça ne pourrait être que temporaire.

J’ai l’impression que quand tu as le feu sacré en toi, que tu as envie d’entreprendre, que tu as cette envie, que quand tu rentres dans un restaurant, tu commences par compter le nombre de tables, le nombre de serveurs et tu te demandes combien ça peut faire de marge brute, etc., ton moyen d’épanouissement, c’est vraiment l’entrepreneuriat.

Tu parlais de moments de doute parfois, est-ce que tu en as eus au moment où tu commençais à lancer Dymant ?

Oui bien sûr, même aujourd’hui. Plein de gens disent que la qualité de l’entrepreneur c’est d’aimer le risque. En fait, moi je pense que ce n’est pas du tout le cas, c’est l’inverse, les gens qui aiment le risque, c’est les fous. Si tu dis à quelqu’un tu peux sauter d’un avion mais t’as une chance sur deux que le parachute s’ouvre ou pas, ce sont seulement les fous qui tentent. Tu vois, si je trouve une opportunité de marché où il y a zéro risque que ça se plante, qu’il n’y a que des chances de succès, je vais direct sur l’affaire, c’est génial. Le risque n’est pas une motivation, mais tu sais qu’il est possible. Etre entrepreneur, ce n’est pas aimer le risque mais ça veut dire y aller et essayer de limiter le risque au maximum. Maintenant je sais que dans la vie il y a du risque, tu peux sortir dans la rue et te faire écraser, il n’y a pas zéro risque, ça n’existe pas. Tu sais que tu peux te mettre dans des situations en tant qu’entrepreneur qui sont un peu risquées, tu n’aimes pas, mais tu acceptes d’y aller. Par conséquent, comme tu prends des risques, tu as tout le temps des moments de doute, tu te demandes si tu as pris la bonne décision. Il y a beaucoup d’incertitudes, et je pense que la qualité de l’entrepreneur, ce n’est pas d’aimer le risque, c’est d’être résilient. La résilience, c’est le fait de savoir que puisque tu vas prendre des risques, tu vas te prendre des portes ; il n’y a que celui qui ne fait rien qui ne se prend jamais de porte. Et donc à chaque fois que tu vas avoir des échecs, que tu vas être touché, être blessé, te prendre une porte, la résilience, ça va être de te relever.

Il faut toujours te relever une fois de plus que le nombre de portes que tu t’es pris.

Et parfois je me dis, le quotidien est sympa au global, mais tu vas avoir un fournisseur qui te plante, qu’est-ce que tu fais, tu t’arrêtes, tu pleures et tu ne travailles pas de la journée ou est-ce que tu trouves une solution ? Tu vas voir un gros client qui te plante, qui ne paie pas, qu’est-ce que tu fais ? Si t’es employé, tu peux te mettre en arrêt maladie, disant c’est trop de stress, je fais un burnout, mais là si tu fais ça, ça ne va pas régler tes problèmes. Il faut que tu les règles. Donc c’est la résilience, c’est quand parfois t’es la tête dans la boue, que tu ne sais pas comment tu vas faire, tu ne sais pas comment tu vas payer les trucs, t’as pas d’idée, en plus quand t’es patron, tout le monde te demande ce qu’il faut faire, et t’en sais rien. Tu as les idées, mais tu ne sais pas si ce sont les bonnes, si ça va marcher, si ça va donner du succès ou pas, mais tu le fais quand même et tu te relèves et t’y vas.

Qu’est-ce qui te fait tenir ? Qu’est-ce qui fait que tu arrives à te relever à chaque fois ?

Je sais qu’avec mon profil, je pourrais gagner dix fois plus ma vie que ce que je gagne aujourd’hui et travailler dix fois moins, mais ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. Ce qui me fait tenir, c’est que je suis en train de faire ce que j’ai envie de faire. Les Grecs parlaient de l’autonomie et de l’hétéronomie. Nomos c’est la loi donc soit tu es en « autonomos », tu te donnes ta propre loi, soit tu es en « heteronomos », ta loi vient de l’extérieur, et tu as la loi d’un autre. Et la liberté, dans cette dimension, ce n’est pas de pouvoir faire tout ce que l’on veut, c’est de choisir ses contraintes. Pour faire tout ce que tu veux, il faut vivre sur une île déserte et être Robinson Crusoé. A partir du moment où tu as une société, il y a des lois, des contingences, tu as besoin d’avoir de l’argent, des amis, d’être là pour ta famille. Tu ne fais pas tout ce que tu veux. Etre libre, ce n’est pas d’avoir aucun obstacle, c’est de choisir tes obstacles. Je trouve que quand tu es entrepreneur, tu n’es jamais 100% libre, tu as des investisseurs, des clients, des fournisseurs, des employés, l’Etat, les lois, mais tu as choisi tes contraintes, ou en tout cas une grosse partie. Et je pense que ce qui t’aide à tenir c’est ça, c’est ce sentiment de faire ce que tu dois faire. La vie est courte, là j’ai 29 ans, quand j’ai eu 27 ans et demi, le 9 février, j’ai fêté mon 10000e jour sur Terre. Et quand j’aurai 20000 jours, donc le double de ça, j’aurai 55 ans. Cette vie passe super vite. Pour moi, le plus gros risque, ce n’est pas d’échouer, surtout quand tu as fait des bonnes études, que tu n’es pas bête, que tu as des compétences. Je suis dans l’entrepreneuriat depuis longtemps au final et j’ai vu des gens qui se sont lancés et qui se sont plantés, et je vois qu’ils s’en sortent très bien. Ce sont ceux qui étaient intelligents, ceux qui avaient des bonnes formations, ceux qui ont développé des bonnes compétences, un bon réseau. Ce n’est pas très risqué en fait, les mecs retrouvent des jobs ou recréent une boîte. Ce qui est risqué, c’est de te réveiller à 40 ans ou 50 ans en se disant que tu as loupé ta vie. Aujourd’hui, je n’ai rien à perdre à essayer.

Tu penses que tu n’as rien à perdre ?

Quand j’ai créé Dymant, quand j’ai commencé à bosser, j’avais 25 ans, donc je n’avais rien à perdre, je n’avais pas de gros poste, pas de crédit, pas de femme, pas d’enfant. J’ai préféré tenter le truc quitte à prendre le risque d’échouer mais aussi celui de réussir plutôt que de ne pas tenter et avoir 100% de chance d’avoir des regrets.

Tes succès t’apportent beaucoup de joie aujourd’hui ?  

Bien sûr que dès qu’il y a des succès, ça donne du plaisir, du bonheur, c’est top le succès et ça permet de continuer surtout. Le fait qu’on ait nos clients, nos chiffres d’affaires, nos levées de fonds, ça permet de continuer, c’est top, bien sûr, mais je trouve que ce que j’adore, ce n’est pas que la destination, c’est le chemin. Même si jamais dans un an l’aventure s’arrête pour une raison ou pour une autre, j’aurai pris du plaisir dans chaque étape. On est une équipe top, il y a une super bonne ambiance, on s’entend très bien, parfois c’est dur, il faut bosser dur, tard, c’est difficile mais globalement on s’entend bien. Je les aime bien, ils me font des bons feedbacks, ils grandissent tous, et moi aussi. Globalement, j’ai incroyablement progressé depuis que j’ai créé Dymant. Les compétences développées, le réseau créé, c’est énorme. Il n’y a pas de MBA qui soit comparable à 3-4 ans d’entrepreneuriat quand ça se passe comme ça. Les gens que tu peux rencontrer, c’est vraiment précieux. Donc bien sûr, le succès est un objectif, l’argent est aussi un moyen de mesure, le nombre de clients, mais même sans tout ça, juste le chemin, tu sais il y a une phrase : « peu importe la destination, seul le chemin compte ».

Malgré tout le temps que tu investis dans ton entreprise, est-ce que tu arrives à maintenir un équilibre personnel ? Est-ce que tu prends soin de toi ? Est-ce que tu arrives à trouver du temps pour toi, qui t’épanouit d’une façon différente ?

Bien sûr que oui. Cela dépend des moments évidemment, il y a des moments où il faut vraiment donner un coup de collier et on a le temps de ne rien faire d’autre mais ça fait 3 ans que Dymant est en ligne, si je n’avais pas pris un seul moment pour moi en 3 ans… Ça me prend peut-être plus de temps qu’un job normal, bien que maintenant je pense que personne de très ambitieux ne fait un boulot où tu ne bosses pas beaucoup. Ou si tu ne bosses pas beaucoup, tu t’impliques dans un projet à côté. Je pense que dans tous les boulots, tu bosses quand même beaucoup. Aujourd’hui, je fais 5h de boxe par semaine. Je le fais à 6h45 le matin, c’est de l’organisation pour arriver à trouver le temps, mais c’est possible. J’ai trouvé un coach qui vient chez moi 1h30 deux fois par semaine et 2 heures de salle et là je vais essayer de rejoindre un club de boxe pour faire des combats en plus le samedi. J’aimerais bien faire un combat cette année. Je vois ma famille, mes amis, mais pour cela aussi il faut s’organiser. Il y a forcément des choses qui sautent. Je dois travailler 60/70 heures par semaine, peut-être 80, donc je ne peux pas travailler et 80 heures et faire 5 heures de sport et voir mes amis tous les jours, à un moment tu dois faire des choix. Mais de temps en temps je fais des expos, etc. Mon père dit souvent « qui veut aller loin ménage sa monture », donc tu peux tirer sur la corde de temps en temps, il faut savoir le faire, peut-être que je le fais un peu, je ne dors pas beaucoup, pas autant que ce qu’il faudrait il paraît, et je bosse beaucoup mais il faut aussi avoir un équilibre. Pour moi l’équilibre repose sur 4 piliers, si ton but c’est d’atteindre le bonheur – et je pense que c’est un but qu’on doit avoir en tête. C’est bien la réussite, mais c’est une des composantes du bonheur. C’est important d’être heureux, on n’a qu’une seule vie jusqu’à preuve du contraire et après a priori il n’y a rien. La première composante des piliers dont je parle, c’est la santé. Donc il s’agit de faire des choix pour aller plus vers ta santé, faire attention à ce que tu manges, à l’exercice physique que tu fais, ne pas fumer, faire attention avec l’alcool, etc. Après, tu as l’épanouissement à travers les relations que tu peux avoir, t’entourer de gens que tu aimes bien, de voir ta famille, tes neveux et nièces ou tes enfants, d’avoir un amoureux, une amoureuse, des relations, de la tendresse, tout ce que tu peux faire avec les autres, c’est hyper important. Dans mon cas, les composantes de mon bonheur c’est ça, voir ma famille souvent, voir mes neveux et nièces, mon frère et ma sœur, de voir mes amis super proches, d’avoir des relations avec des gens, d’amitié, d’amour. Ensuite, tu as aussi l’épanouissement intellectuel et culturel, le fait d’apprendre des choses, de voir des expos, de te confronter à l’art, à des artistes, à des philosophes, à des idées. Souvent les gens sont sur ces trois piliers, c’est comme un tabouret à trois pieds, un trépied, et je trouve qu’il ne faut pas oublier le quatrième qui est la dimension spirituelle. Cela ne veut pas dire religieux, c’est dire que si le monde, c’est juste ça, les atomes, etc. c’est peut-être un peu faible, il y a peut-être quelque chose, comme dans les frères Karamazov, à un moment un des frères dit « Si Dieu n’existe pas, alors tout est possible ». Même si Dieu n’existe pas, je pense qu’il y a une espèce de force créatrice, ou quelque chose, ou un esprit, ou une âme, je ne sais pas, une autre appréhension du monde que juste la science. Et tout ça, je pense que ça contribue aux valeurs, c’est important de le cultiver. Il y a une partie que tu fais dans ton boulot, tu peux mettre de la culture dans ton travail, des bonnes relations dans ton travail, tu peux mettre des choses qui sont bien avec ta santé dans ton travail, des choses pourquoi pas un peu spirituelles dans ton travail, mais il faut le faire aussi à côté.

Pour conclure, avec une vision un peu plus globale, quels conseils donnerais-tu à des entrepreneurs en devenir pour cultiver leur résilience ? La chose la plus importante tu aies apprise ces dernières années ?

Je dirais deux choses : en effet, la résilience, mais pourquoi ? parce que ça se passe très rarement comme on l’avait prévu. Donc du coup c’est bien d’avoir un plan, c’est important de faire ce process, de prévoir, de se poser des questions, mais il faut être prêt à ce que tout se passe très différemment, Eisenhower disait « il n’y a rien de plus important que de planifier et rien de moins important qu’un plan »*. Ça veut dire que c’est important de faire ce process, mais après on peut presque jeter le plan parce qu’on sait que ça ne se passera jamais comme ça et donc se préparer à tous les trucs. Tous les jours, c’est une bonne nouvelle, cinq mauvaises nouvelles, ou une bonne, une mauvaise, ça dépend des ratios. Il faut être prêt, mais globalement ça vaut quand même le coup, c’est un message très optimiste. Sur le long terme, c’est quand même super positif, malgré toutes les épreuves et les montagnes russes émotionnelles que ça peut être, ça vaut quand même vraiment le coup. Et la deuxième chose que j’ai le plus apprise et je pense que c’est lié à ça, c’est que j’ai l’impression que l’entrepreneuriat, étant donné que le produit, c’est un peu nous aussi, c’est un peu l’entrepreneur, quand on va voir un investisseur, ce qu’on pitch, c’est le projet bien sûr, mais c’est aussi l’équipe, les premiers clients, quand on va les voir, on pitch ce qu’on va lui vendre mais c’est aussi nous-mêmes, et je trouve qu’on change beaucoup, qu’on évolue beaucoup. C’est plus un constat qu’un conseil, mais je vois quand j’étais au début, il y a des changements qui se sont opérés, dans les compétences, dans le savoir-être, le savoir-faire, le savoir. Plutôt dans l’autre ordre, savoir, savoir-faire, savoir-être.

*Citation originale : “In preparing for battle, I have always found that plans are useless, but planning is indispensable.” – General Dwight D. Eisenhower

https://www.goodreads.com/author/quotes/23920.Dwight_D_Eisenhower

Qu’est-ce qui a changé principalement depuis que tu as commencé ?

 Tu développes de nouvelles compétences, de nouvelles façons de voir les choses, d’autres ressources, tu apprends à manager des gens, à manager les fournisseurs, à négocier, à générer des idées, à te sortir de situations, à générer des problèmes, plein de choses.

Une question pragmatique, vu que tu as des bureaux, des employés, est-ce que tu as l’impression d’avoir une vie quand même flexible, si tu as besoin de planifier des choses perso dans ta journée par exemple, est-ce que tu le fais ou est-ce que tu es astreint à des horaires de bureau classiques ?

Théoriquement, je peux le faire, ça m’est déjà arrivé de planifier des choses. Je ne pars pas beaucoup en vacances, mais de temps en temps je prends un vendredi et un lundi pour partir en weekend, ou un après-midi parce que j’ai quelque chose de perso à faire. Maintenant, dans le concret, ça ne m’arrive pas non plus méga souvent. Quand on te dit tu peux travailler quand tu veux, ça veut un peu dire tu peux travailler tout le temps. C’est plus tu peux travailler le samedi et le dimanche que prendre ton mardi après-midi !

Quel est ton avis sur l’évolution du travail aujourd’hui ? Pour toi, le futur du travail ressemblera à quoi ?

C’est une problématique qui est dans la tête de beaucoup de gens en ce moment, pour plein de raisons. On est à un moment, à un tournant dans l’histoire, ce que les sociologues appellent la postmodernité. Et c’est vraiment le monde dans lequel je reconnais mon quotidien. On est passé de la modernité, ce mouvement où le progrès ne va que dans un sens, où l’homme est maître et possesseur de la nature, où c’est la raison pure qui va comprendre tout. C’est la science, la science, la science ; la bombe atomique, l’énergie nucléaire, la médecine, etc. Et ça, je pense que le XIXe siècle, qui est ma période préférée de l’Histoire, de France en tout cas, en est l’exemple. C’est les ingénieurs, les Expositions Universelles, les grandes découvertes, les grandes inventions, le train, l’avion…  Et maintenant, je pense qu’on est dans une période assez différente. Pour beaucoup de gens, on est sorti de cette course au progrès, et de cette façon de dire que le progrès n’a qu’un seul sens, que la science va tout expliquer, qu’il n’y a que le rationnel qui compte, et que ce qui n’est pas synthétisable dans une équation mathématique ne compte pas.  Je pense qu’on est sorti de ça et on passe de la raison pure à la raison sensible. C’est de dire maintenant, certes on ne revient pas à l’époque avant la modernité, mais on veut remettre des choses qui ne sont pas de la raison pure dans notre quotidien, typiquement le yoga, les médecines alternatives, les philosophies orientales, le bouddhisme, etc. Ce sont des choses pas forcément prouvées scientifiquement par des journaux traditionnels de médecine disant que ça marche, mais les gens le font parce que ça leur apporte quelque chose.

Aussi, avant, la valeur principale, c’était le succès, l’efficacité, la productivité, et maintenant, il y a toujours ça, mais à côté il y a aussi le plaisir, le bonheur, la joie, qui redeviennent super importants.

Les gens ne vont plus forcément choisir une grosse boîte dans laquelle travailler et se sentir tel un numéro, ils vont plutôt aller vers des start-ups où la dimension humaine et les interactions sont beaucoup plus importantes. Car à côté des arguments rationnels que sont le salaire, etc. ils rajoutent des trucs pour le bonheur, le plaisir, parce qu’ils se disent que ce job ne durera peut-être qu’un temps, qu’ils peuvent se faire virer ou faire autre chose après, du coup autant prendre du plaisir.

Il y a donc déjà ce mouvement et dans le créneau digital, dans l’économie numérique, on a un état d’esprit un peu différent, un peu hippie. On est vraiment au cœur de ça.

Je trouve aussi que ça se voit beaucoup chez les gens qui ont des hauts profils, mais je pense que ça va s’étendre, c’est un peu la société des freelances, des indépendants, aujourd’hui il y a des gens qui le choisissent. Par exemple, les meilleurs développeurs informatique ne veulent pas être en CDI dans une boîte à plein temps, ils veulent profiter de la grande flexibilité et liberté qu’ils peuvent avoir. Du coup, on se dirige vers ces profils pour plein de gens. Des trucs où tu vas faire à moitié en freelance, à moitié en train de lancer autre chose, c’est les slashers. Il y a des gens qui vont s’épanouir beaucoup plus là-dedans, il y en a qui aiment la sécurité, le quotidien, qui sont un peu apeurés par le fait que ça change beaucoup, mais il y a des gens qui aiment bien la diversité, la variété et qui vont s’épanouir beaucoup plus comme ça.

Merci David !

Si vous voulez aller plus loin au sujet de la postmodernité, nous vous recommandons l’ouvrage de Michel Maffesoli, spécialiste du sujet : L’Ordre des choses, Penser la postmodernité, aux Editions du CNRS.

http://www.cnrseditions.fr/sociologie/6974-l-ordre-des-choses.html

  

Et, bien sûr, nous vous invitons à visiter le site de Dymant : https://dymant.com/

 

 

 

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