Interview de Christel Niquille, fondatrice de Mum-to-be Party

Christel Niquille est Présidente de la société MUMS2GATHER et fondatrice de Mum-to-be Party©, un site communautaire qui réunit des événements grand public et influenceuses, un e-shop et un webzine dédiés au bien-être de la future et de la jeune maman.

Christel a commencé sa carrière en tant que salariée en Suisse puis a ouvert un blog à succès lors d’un séjour de quelques mois à New York. C’est son profil particulier à son retour en France qui l’a poussée à devenir indépendante et à mêler ses passions pour en faire son métier. Elle s’épanouit aujourd’hui dans un secteur qu’elle affectionne particulièrement et dans un environnement qui lui permet de maintenir sa détermination et de garder son équilibre.

Bonne lecture ! 🙂

Bonjour Christel, peux-tu te présenter et me raconter ton parcours ?

Je suis une femme quarantenaire depuis peu et passionnée. J’ai eu plusieurs passions dans ma vie, comme la beauté, le chant, la musique, le théâtre, et puis j’ai assez vite su que je voulais travailler dans le marketing et la communication, dès le lycée. Je n’ai pas eu de problème d’orientation, à part un moment où j’ai eu un doute car je m’étais prise de passion pour la biologie en Terminale, en particulier pour le système reproductif féminin. Je me dis a posteriori qu’il aurait été intéressant de creuser ce sujet, cela m’aurait menée sur un autre chemin ! Je continue néanmoins de parler de la femme aujourd’hui, c’est très lié. A l’époque, j’ai finalement décidé de me diriger vers le métier de chef de produit, dont la description dans un livre semblait vraiment me correspondre. J’étais en prépa HEC à Annecy à l’époque et j’ai alors contacté la société Maped qui était basée là-bas pour me renseigner sur ce métier. J’ai demandé à parler au chef de produit pour qu’il me raconte ce qu’il faisait ! Je ne sais pas comment j’ai eu le courage de faire ça, à 20 ans à peine.

Diplômée d’une grande école de commerce, j’ai commencé ma carrière en Suisse, un peu par accident… Je pense que la vie est faite de beaucoup d’accidents ! Je me destinais plutôt à aller sur le marché français, mais il se trouve que j’ai fini par un stage d’études à l’étranger et j’ai aimé le fait de parler plusieurs langues.  J’ai donc commencé à postuler en Suisse dans plusieurs boîtes et j’ai été prise comme assistante chef de produit chez Nestlé. J’y suis restée 6 ans et me suis tout à fait épanouie ; cela correspondait à ce que j’aimais faire. J’avais beaucoup de latitude en étant dans un plus petit pays : en contact régulier avec la direction, je ne faisais pas face à tout le côté procédurier et aux barrières à franchir avant de présenter un plan marketing. On nous donnait cette chance, c’était incroyable et c’était un joli challenge. Après, je me suis confrontée à Nestlé à l’international.

J’ai quitté Nestlé à 30 ans, à un moment où plus j’avançais, moins la proximité terrain était réelle. Mon travail tournait autour de concepts, de stratégies, et mon rôle était très commercial auprès des marchés. La spontanéité et la créativité me manquaient aussi fortement. C’est alors que j’ai rencontré mon conjoint qui avait une proposition pour partir à New York quelques mois. Ça correspondait à un moment où j’avais envie d’explorer de nouvelles choses. Je me mettais en danger, et pouvais ressentir la peur de mon entourage dès lors que j’ai quitté Nestlé et le salariat, et une forme de « sécurité ». Mon père est resté toute la vie dans la même entreprise, et a connu la sécurité de l’emploi. J’ai toujours été soutenue par mes parents, qui m’ont toujours accompagnée dans le cadre de mes études sans pour autant me pistonner… là encore, je voulais leur prouver que je pouvais réussir seule. Et en arrivant à New York, j’ai adoré le contact avec les entrepreneurs, pour qui tout semblait possible, c’était très énergisant, c’était grisant.

Que faisais-tu là-bas ?

Pour me rassurer, j’avais trouvé un stage dans une grande agence de communication dont Nestlé était l’un des clients et finalement une semaine avant de partir, j’ai renoncé au job. Je me suis dit que ce n’était pas la peine de faire à New York ce que je faisais en Suisse en n’étant pas payée et en me mettant une pression de malade pour quelques mois. Je me suis dit que j’allais voir et laisser les portes s’ouvrir. Une amie avait fait une année sabbatique, ce qui est très commun en Suisse, et était partie à New York où elle avait suivi des cours de formation continue. Elle m’avait dit qu’il y avait un super programme pour lequel je n’aurais pas besoin de papiers ou de visa. Je me suis donc inscrite à NYU (New York University) à plusieurs cours du soir, qui m’ont permis de structurer mon temps libre et de rencontrer des gens. En parallèle, j’ai pris contact avec une startupeuse via le réseau social de l’époque ASmallWorld et lui ai proposé bénévolement mes services. Elle lançait un site e-commerçant dans la cosmétique bio et je l’ai notamment aidée à affiner son positionnement. Toutes ces rencontres et ces cours m’ont mené sur la voie de mon blog beauté lancé en 2007.

C’est donc à ce moment-là que tu as lancé ton blog.

Oui, j’ai vraiment eu un gros coup de cœur pour ce support car il réunissait mes deux passions : l’écriture et la beauté. J’ai toujours adoré écrire (j’ai beaucoup écrit de chansons), et partager ma passion pour la beauté.

Avec le blog, l’idée n’était pas de partager mon quotidien mais mes découvertes. Au départ, c’était un outil dans le cadre d’un cours à NYU mais il a finalement pris toute la place pendant mon séjour à New York. Je me suis prise de passion pour de nombreux blogs, professionnels comme personnels. A l’époque Deedee* s’était lancée, c’était la première bloggeuse et je me rappelle d’avoir lu, avec passion et fort intérêt, ce qu’elle faisait et ses premières collaborations. Je me suis demandée comment j’allais appeler mon blog, j’avais 30 ans, j’aimais la beauté, alors c’est venu naturellement : 30 ans en beauté* !  Je l’ai alimenté en fonction des tests produits à New York et ai commencé à me lier d’amitié virtuelle avec des bloggeuses. J’adorais lire les commentaires qu’on me laissait, c’était palpitant. Je n’imaginais pas du tout en faire une activité professionnelle et quand je suis rentrée en France après 3 mois aux États-Unis, je ne pensais pas forcément continuer. Je n’avais pas d’attente ou de souhait en particulier. En gros, c’était la « parenthèse New York ». A Paris, je me suis mise à chercher un travail, classique, en marketing dans la beauté. J’ai eu beaucoup d’entretiens et ça ne s’est pas passé facilement. Mon profil intéressait parce que je venais de l’étranger, j’avais un parcours d’école de commerce, un très bon anglais, mais je ne rentrais dans aucune case. J’étais jugée parfois trop sénior, parfois je n’avais pas managé suffisamment de personnes, mon break à New York paraissait suspect… en fait ça n’allait jamais ! Ça m’a épuisée alors que je venais de faire le plein d’énergie à New York.

Ce fut un choc terrible, cette froideur que j’ai retrouvée à Paris. Dans les entretiens que je passais, j’avais vraiment envie de partager cette expérience-là, de parler de la communication de demain, c’était un moyen de montrer mon intérêt pour la beauté, et on me riait au nez.

On ne me prenait pas du tout au sérieux, tout le monde avait des a priori sur les blogs, on associait encore ça à un journal intime.

Cette période a duré 6 mois, durant lesquels j’ai eu la possibilité de continuer le blog, et là sont venues les premières mises en relation avec les marques. Le site a émergé au niveau du paysage de la communication française, et j’ai fait partie des premières figures de la blogosphère beauté. Cela m’a donné l’opportunité de rencontrer des agences qui proposaient ce nouveau service de relations influenceuses et d’e-reputation, et l’une d’elles m’a proposé une première mission pour une grande marque de beauté. C’est comme ça que je me suis mise à mon compte. Le cheminement a été long.

*https://www.deedeeparis.com/blog/

*http://www.30ansenbeaute.com/

A ce moment où tu t’es lancée, tu travaillais comment ?

J’ai beaucoup travaillé pour l’agence évènementielle EGG. Cela s’est fait par contact, via une ancienne collègue de Nestlé, qui m’avait recommandée de rencontrer la créatrice de cette agence basée en Suisse et à Paris. Le feeling est bien passé et elle m’a dit : « ok pour que tu bosses avec nous, à toi de faire ta place ! ». J’ai fait du développement commercial, du conseil en organisation, des RH, de la conception et de la gestion de projet ; j’ai un peu tout fait et les résultats étaient là !

C’était comme si tu étais salariée de l’agence ?  

Presque, mais ça me permettait d’avoir cette flexibilité de pouvoir travailler en parallèle sur le blog, qui me prenait beaucoup de temps.

Il faut savoir que les premières collabs n’étaient pas bien rémunérées, donc ce job me permettait aussi d’avoir un certain revenu, et de créer un réseau. Tu vois c’est drôle, encore aujourd’hui, je discutais avec une personne avec qui j’avais travaillé pour l’agence.

Et tu étais consciente de la tournure que ça allait prendre dans les années qui arrivaient ?

Non, surtout qu’on n’a eu de cesse de remettre en question le devenir des blogs, de dire que ce phénomène n’allait pas durer. Au final, si je regarde dix ans après, ce sont toujours les mêmes figures qui sont là. Certaines ont arrêté car elles se sont consacrées à d’autres projets, mais dans la grande majorité, toutes les bloggeuses mode et beauté que j’ai rencontrées, qui étaient sélectionnées sur différents projets, qui ont créé une belle communauté, sont encore présentes.

Et tu penses que c’est dû à quoi ? 

En partageant et en mettant chaque jour en scène ta vie, en étant toujours dans la découverte de nouveautés, en te spécialisant sur une thématique, tu développes une réelle expertise et un lien unique de confiance avec tes lectrices / abonnées. Mine de rien, il y a une fidélité qui se crée. Cette activité t’offre une autonomie incroyable, une force créative. Tu définis les contours idéaux  de ton métier : tu as une liberté incroyable de dire oui aujourd’hui je bosse et demain je ne bosse pas.

Tu le fais vraiment ?  

Plus maintenant car je gère du staff et j’ai d’autres enjeux, mais je l’ai fait. J’ai pu vivre mes grossesses de façon beaucoup plus sereine que si j’avais été salariée. Je n’avais pas de compte à rendre à mon employeur sur mes rendez-vous médicaux par exemple.

Comment en es-tu arrivée à Mum-to-be Party ?

J’ai toujours adoré l’évènementiel, et particulièrement le fait de fédérer des femmes et d’utiliser la beauté comme prétexte pour se réunir et prendre soin de soi. Ainsi, la première année de mon blog, j’ai mis en place des rencontres avec mes lectrices, et en tombant enceinte en 2010, je me suis dit qu’il fallait que je transpose tout cela à la grossesse.

Quand tu es enceinte, tu n’as pas forcément de copines dans la même situation que toi, tu as envie de parler de tes petits désagréments, ou de tes projets de rénovation de chambre sans ressentir de gêne. Avec les parents c’est pareil, il y a parfois un gap générationnel. Bref, je voulais parler avec des femmes dans la même situation. J’ai eu l’idée de réunir des futures mamans pour échanger entre elles, tout en accueillant des experts, car il y a toujours de l’anxiété liée aux produits, aux gestes, et ça rassure d’avoir la caution de quelqu’un qui sait parfaitement de quoi il parle. Le côté chouchoutage me semblait nécessaire pour profiter à fond de cette grossesse et sortir du parcours tout médical. J’ai donc lancé la première édition en 2010, chez moi, dans mon appartement puis j’ai accouché. Je n’ai pas forcément imaginé la suite, j’ai fait les choses comme je les ressentais. Et c’est vrai que se mettre à son compte offre cette liberté de tester son concept. Avec Mum-to-be Party, je ne prenais pas forcément de risques, je bossais depuis chez moi et les charges étaient réduites au début.

Et tu continuais à bosser pour l’agence ? 

Au tout début oui. J’ai continué pendant au moins 1 an, jusqu’à ce que je me rende compte que j’avais de plus en plus de missions liées à mon activité et que je mettais en place de plus en plus  d’événements. La grande étape a été de lancer un site internet dédié.

Tu continuais à écrire pour ton blog ? 

Oui, j’ai conservé le blog, c’était important, car c’était une vitrine pour moi. Et c’était un relationnel que j’entretenais avec ma communauté depuis 2007 et les marques qui pouvaient faire grandir l’autre communauté. Via nos événements, je constatais que nous étions force de recommandation sur des produits de petites marques, qui n’avaient pas la force de frappe pour venir parler aux réunions, donc j’ai décidé de les proposer à la vente. C’est ainsi qu’en 2013, j’ai investi dans mumtobeparty.com avec une expérience shopping en plus. Le but était de ne pas dénaturer le site, car ce n’était pas sa vocation première de faire de l’e-commerce. Le cœur restait le conseil, l’éditorial, l’évènementiel, et au fur et à mesure des années le shop s’est bien développé grâce à une sélection réfléchie, le concept de rencontres aussi et du coup je me suis retrouvée un peu à l’étroit chez moi.

Tu gérais tout toute seule ?

J’avais une stagiaire, mais c’était devenu difficile et j’avais des enfants qui grandissaient aussi (mon deuxième enfant est né en 2012) donc la cohabitation n’était plus possible.

Qu’as-tu décidé de faire alors ?

Encore une fois, le hasard a bien fait les choses. Un local à Montmartre se libérait dans mon quartier et il était fait pour moi ! Nous avons investi une somme conséquente pour le redécorer et l’aménager à l’image de la marque, pour faire en sorte qu’il puisse accueillir nos évènements, et du coup, ça a été une vraie avancée, je me suis libérée d’un poids. J’ai trouvé un partenaire pour gérer les envois de commandes qui prenait une place folle chez moi, ça a été déterminant, car le gros challenge des entrepreneurs c’est de tout gérer et souvent beaucoup trop !

Tu avais déjà imaginé que tu serais indépendante ?

J’avais la fibre mais je ne viens pas du tout d’une famille d’entrepreneurs et la valeur du travail intègre aussi cette notion de sécurité.

Et comment te sentais-tu quand tu étais salariée ? Le rythme te convenait-il ?

J’ai toujours été très investie et créative, donc on peut me définir comme une intrapreneuse*. Il m’arrivait de lancer des projets RH par exemple, je ne me contentais pas d’être juste à ma place. Mon job était un terrain de jeu et il fallait absolument que je trouve le poste et le management qui me permettent d’être créative, et j’ai eu de la chance parce que ce fut le cas longtemps.

*L’intrapreunariat est le fait de lancer un projet indépendant au sein d’une entreprise dans laquelle on est employé.

Est-ce qu’à un moment tu t’es dit que tu avais envie de mettre cette énergie-là dans ta propre entreprise ?

Non pas du tout.

Je n’ai pas créé mon activité parce que je me suis sentie frustrée, ni dans l’énergie, ni dans les idées. C’est vraiment venu d’un cheminement.

Et au moment où tu as décidé de te lancer en freelance, est-ce que tu as eu peur ? Comment as-tu géré les moments de doute ou de stress ?

C’était très long. Pour parler de choses concrètes, je me suis lancée en tant que profession libérale en 2008 et j’ai créé ma SAS seulement en 2013. Le fait de créer cette société apportait une certaine assise, et m’a poussée à voir toujours plus grand. Avant cela, je remettais en question chaque année le fait de continuer parce que tu ne sais jamais ce qu’il va se passer l’année suivante, s’il va y avoir de nouvelles collabs, si des marques vont renouveler leur confiance. Comme mentionné précédemment, on doutait de l’avenir des blogs, il m’arrivait d’en douter aussi bien sûr. Et finalement, ce moyen d’expression n’a cessé de grandir avec l’apparition de nouveaux outils, et aujourd’hui c’est le terrain de jeu des personnes qui veulent partager leur passion.

Ce sont ces évolutions qui t’ont aidée à tenir ?

Non, mais elles ont donné plus d’ampleur à la prise de parole entamée sur le web et les réseaux sociaux. Je n’ai jamais été en manque d’idées et n’aime pas me reposer sur mes lauriers, et c’est précisément cela qui m’a mis sur le chemin de la croissance. Je pense qu’il faut être un peu fou pour être chef d’entreprise. Il y a des dangers, parfois de gros montants en jeu, on se demande comment on va atteindre nos objectifs, et puis on avance !

Le fait d’être optimiste, d’avoir de l’inspiration et de l’intuition, est essentiel.

Tu auras beau aller à plein de conférences sur l’entrepreneuriat, être bien accompagné, il te faut la bonne idée mais aussi la persévérance. Car ce sont les montagnes russes de manière constante.

Le point commun majeur qui revient dans toutes les interviews sont les montagnes russes !

Cela me rassure de savoir que c’est un sentiment partagé ! Parfois tu as l’impression de redevenir une petite chose, tu as beaucoup sur les épaules et cela peut être difficile de partager. Quand tu as un associé, tu partages le risque, les idées, tu réfléchis à la stratégie, tu peux laisser parler tes émotions. Quand tu es seul, vis-à-vis de tes partenaires et clients, tu dois être la personne qui ne doit jamais dérailler, tu es le leader.

Est-ce qu’il y a eu un moment où tu as eu envie de t’associer avec quelqu’un ?

Ce n’est pas arrivé. Je pense que soit dès le début les deux (ou plus) personnes participent à la création et définissent les règles, soit tu commences seul et tu poursuis comme cela. C’est beaucoup plus difficile d’intégrer quelqu’un plus tard. Je ne dis pas que c’est impossible, mais c’est vrai que quand tu as œuvré des années sur la construction de ta société et de ta marque, tu ne peux pas lâcher facilement. Il faut être au clair sur les gains, sur la façon de motiver les deux parties et ce sont forcément des sujets fâcheux qu’il faut aborder. Parfois tu n’as pas le temps ou pas l’envie de rentrer dans ces considérations. Depuis que je suis freelance, je travaille avec les mêmes prestataires, je suis extrêmement fidèle dans le boulot, et cela me convient.

Cela fait maintenant dix ans que tu fais cela, qu’est-ce que tu en tires comme leçons après toutes ces années ?

Ce n’est pas facile de faire le bilan ! C’est utile que tu me poses cette question parce qu’on a peu l’occasion de s’envoyer des fleurs quand on est entrepreneur ! Quand on est salarié, on attend beaucoup de gratitude de la part d’une entreprise. Cela va passer par différentes formes : une augmentation, une formation, un voyage, des bilans de compétences, des évaluations. Et tout cela permet de faire un point et de se projeter aussi personnellement.

Quand tu es entrepreneur, la reconnaissance passe par la croissance de ton entreprise, mais aussi par le sens que tu donnes à tes actions, les services que ta société propose au quotidien. Je suis fière d’avoir fait travailler autant de personnes (salarié, stagiaires, fournisseurs), d’avoir valorisé autant d’entrepreneurs, beaucoup m’ont remerciée d’avoir parlé d’eux sur le site car ça les avait vraiment aidés.

Cela a un côté très gratifiant que l’on devrait noter dans un livre d’or, à défaut d’avoir une feuille d’évaluation (rires). C’est important de retenir et de garder en souvenir tous ces succès, ces étapes, par rapport à toutes les montagnes russes qu’il a fallu surmonter pour être pérenne.

Ce n’est pas simple et je ne regrette aucun moment. Tout a été dans le bon timing a posteriori.

Donc s’il y a un message à donner aux entrepreneurs, que j’ai retenu de mon passage à New York d’ailleurs, c’est « quand vous le sentez, il faut y aller ! Business plan ou pas ».

Est-ce qu’il y a des choses que tu aurais aimé faire différemment ?

J’ai tout autofinancé, je n’ai fait appel à personne, et je me rends compte aujourd’hui que j’aurais pu demander de l’aide. Grâce au crowdfunding*, j’aurais notamment pu faire participer ma communauté à la création de mon showroom. Ça fut un investissement personnel que je ne regrette absolument pas mais c’est dommage car mon site a une dimension communautaire. Quand l’opportunité est arrivée et que j’ai vu le local, ce n’était pas réfléchi, tout s’est fait très vite. Peut-être que j’aurais pu avoir plus de confiance pour chercher du financement ailleurs au départ aussi, considérant que mon projet n’était pas si petit que ça, pas si mineur. Cela m’amène à un deuxième point, qui est peut-être lié à la femme, car on dit souvent qu’une femme ne se met pas très en avant dans l’univers professionnel et même si j’ai toujours été à l’aise avec le fait de montrer mon image, je n’aimais pas tout montrer non plus. Aujourd’hui beaucoup de startups mettent beaucoup en avant la personnalité et le parcours de leurs fondateurs. Je l’ai fait de manière plus discrète, notamment pour cacher les échecs et les difficultés. Je pensais qu’il fallait toujours se montrer sous son meilleur jour, mais j’ai aussi mes souffrances. Je n’ai pas souhaité les partager alors que je pense que c’est une bonne chose aujourd’hui. En partageant plus ces moments de vie d’entrepreneur, cela permet d’avoir le soutien de ta communauté et d’autres entrepreneurs et de se dire que ce que tu vis est tout à fait normal, et de ne pas de t’enfoncer dans la déprime. Cela permet aussi d’ajouter de l’humanité autour de l’entrepreneuriat et de la création d’entreprise.

*Crowdfunding : financement participatif

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le fait d’être indépendante aujourd’hui ?

Une chose que j’apprécie beaucoup est de pouvoir appliquer mes idées immédiatement. Je n’ai pas de frein, comme on peut en avoir dans des grosses structures, où tout doit être validé par des personnes différentes, voire des études de marché. C’est cette spontanéité qui me plaît. Tu as une idée, tu peux la mettre en place le lendemain.

Tu m’as aussi parlé de flexibilité au départ quand tu étais freelance, est-ce que tu en profites toujours aujourd’hui ?

Beaucoup et puis je la propose, car l’entrepreneur doit montrer l’exemple. Si je m’octroie le droit d’être flexible, je dois le proposer. Si mes employées ont besoin de partir plus tôt ou de travailler chez elles, elles peuvent évidemment le faire.

Donc tu arrives à garder ton indépendance ? 

Tout à fait. De toute façon, je garde un pied dans l’univers duquel je viens, la blogosphère, donc je vais à des lancements presse, je fais des déjeuners, et je reste investie du coté maman, quand il faut aller voir le spectacle l’après-midi, arriver plus tard le matin car il y avait des jeux à l’école, ou quand il y a les grèves de maitresse. C’est important d’être flexible, cela ne devrait même pas être discuté

Tu te verrais retravailler dans une entreprise classique ?

Hum… à méditer ! A condition que mon temps de travail soit aménagé. Ce n’est pas facile de l’évoquer dès l’embauche, même si j’ai des amies qui l’ont fait et qui ont eu gain de cause car elles étaient très désirées dans la boite. J’aimerais pouvoir travailler depuis la maison et le proposant moi-même à mes collaboratrices, c’est motivant. C’est manifester sa confiance en la personne

Justement par rapport à la flexibilité, est-ce tu prends soin de toi grâce à elle ?

Dans une certaine mesure. Je le faisais davantage quand je n’avais pas la responsabilité d’une SAS. Mais cette flexibilité contribue à réduire le stress lié à la conciliation vie pro/vie perso. Par exemple, mes enfants devaient partir en vacances mais, avec les grèves de la SNCF, on a dû changer les billets à trois reprises. Je suis donc partie très tôt du boulot pour emmener les enfants à la gare, et la question ne se posait pas, c’était la priorité et basta. Si j’avais été en entreprise, ça aurait été mal vu. La semaine d’avant, c’était la grève des cantines, donc si tu n’as pas la mamie ou une nounou qui peut te remplacer, c’est le parent qui s’en charge.  En France, on a beaucoup d’évènements qui font que parfois l’organisation est un peu compliquée. Je rattrape évidemment le travail le soir ou le weekend, ça m’embête un peu mais je suis contente de pouvoir m’organiser comme cela. Surtout qu’avec les smartphones maintenant, tu continues à bosser où que tu sois

Quels conseils donnerais-tu à un entrepreneur ?

Je pense qu’il ne faut pas trop attendre, pas trop perdre de temps. Cela dépend de l’envergure du projet bien sûr, si c’est se lancer en freelance ou mettre au point un produit avec beaucoup de R&D derrière. Mais si tu te sens l’âme d’un entrepreneur, si tu as été hyper créatif, si tu sens que tu as la bonne idée, il faut te lancer.

Il n’y a rien de pire que de voir quelqu’un d’autre lancer sa propre idée parce que tu as trainé !

Et enfin comment penses-tu que va évoluer le rapport au travail et que penses-tu de la tendance du bien-être au travail ? 

Récemment, j’ai vu un reportage qui montrait le travail en milieu hospitalier où beaucoup de gestes étaient devenus automatisés, ce qui crée une double souffrance : pour la personne qui réalise le soin et pour celle qui le reçoit.  On ne voit pas toujours qu’une pression mise sur un employé va aussi causer des dommages collatéraux.

A partir du moment où le job devient toxique, tu vas générer autour de toi une mauvaise énergie et potentiellement affecter la vie de pleins de gens : ton conjoint, tes amis, tes enfants, tes fournisseurs, tes clients. C’est terrible car la souffrance peut isoler, alors que c’est précisément à ce moment-là que le soutien de ton cercle personnel et professionnel est clé. Je pense que la pratique d’une activité bien-être permet de prendre de la distance, de respecter ses besoins et peut représenter un accompagnement et une vigilance. On sait bien que des personnes bien dans leur travail vont avoir plus tendance à fédérer les collègues, avoir de bonnes idées, ramener des clients. La joie appelle la joie.

Et que penses-tu de cette tendance du bien-être en général ?

Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus acteurs de notre vie, acteurs de notre carrière, de notre bien-être. Et les jeunes générations l’ont parfaitement intégré.

Il faut de la parole, du contact, avec les autres et avec soi-même et c’est ce qui se fait rare dans nos jobs et dans notre vie, donc non, ce n’est pas un effet de mode ! C’est une réponse au rythme effréné dans lequel nous sommes. Ralentir ne veut pas dire s’arrêter et cesser de bosser ! Le challenge est de parvenir à faire comprendre au management qu’injecter du bien-être dans le travail est vital et productif. Toutefois le succès dépend aussi de la régularité de la pratique. On ne peut pas juste picorer du bien-être.

Merci Christel !

Pour plus d’infos sur Mum-to-be Party, c’est par ici : https://www.mumtobeparty.com/

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